Communication & langages

Cambridge Journals Online - CUP Full-Text Page
Communication & langages (2009), 2009:67-74 NecPlus
Copyright © Nec Plus 2009
doi:10.4074/S0336150009004049

Dossier : Écrire la crise…

La crise : les mots pour la dire


Pauline Escande-Gauquié

Article author query
escande-gauquié p [Google Scholar]

Résumé

La crise ne peut être dissociée de sa pratique langagière. La dire, l’énoncer, c’est la faire exister. Et cette force performative contribue à faire de la crise un savoir partagé de tous.

Un retour étymologique sur le mot « crise » permet de souligner son ancrage dans deux champs sémantiques complémentaires :

  • - le champ médical où germe l’idée d’une poussée ; la crise est alors considérée comme maladie, comme rupture. Dans la presse magazine, ce champ sémantique est associé au déséquilibre et à des termes recourant au préfixe « anti » ;

  • - le champ de l’examen critique et du jugement qui renvoie à une double perception de la crise comme dysfonctionnement cyclique ou comme changement profond et irréversible, tous deux susceptibles d’être suivis d’une rupture, d’un « décollement ».

Le corpus de la presse magazine renvoie essentiellement à l’idée d’une « crisette » qui correspondrait à une mise en cause passagère pour laquelle il faudrait chercher des solutions en dehors de l’économique et du politique. Ce qui est en jeu, c’est la mise en scène d’une mutation de l’hypermodernité adossée au mythe de la croissance en une alter-modernité fondée sur une morale.

Abstract

It would be impossible to consider the crisis beyond the way it is spoken by language. Talking about the crisis means enunciating it, giving it a reason to be. This performative power allows crisis to become a common knowledge, a knowledge shared by everyone.

An etymological research marks the way the term of crisis is related to two complementary semantic fields:

  • – the medical field. It considers crisis as something which progress suddenly, such as a disease. This is underlined in press magazines through the use of terms that refer to imbalance and through the prefix « anti » that defines « anti-crisis » as an antidote;

  • – the field that consists of a critical examination and a judgment. It introduces a double perception of the term crisis: a dysfunction or a profound and irreversible change. Both of them can be followed by the sense of peeling or even of breaking off. In that case, the magazines’ corpus uses mostly the idea of a temporary and a brief instability through the idea of a tiny crisis (crisette) which solutions should be seeked outside of the economic or political field. It seems that what is mostly judged here is the transformation of a hypermodernity fulfilled by the myth of financial growth to an alter modernity based on a moralist doctrine.

Resumen

PAULINE ESCANDE-GAUQUIÉ

La crisis no puede ser disociada de su práctica en el lenguaje. Decirla, enunciarla, es hacerla existir. Dicha fuerza performativa contribuye a hacer de la crisis un saber compartido por todos. Un repaso etimológico de la palabra crisis permite enfatizar su anclaje en dos campos semánticos complementarios:

  • – El campo médico en el que emerge la idea de un acceso; la crisis es entonces considerada como enfermedad, como ruptura. En las revistas, este campo semántico es asociado al desequilibrio y a términos que recurren al prefijo ″anti″.

  • – El campo del examen crítico y del juicio que refiere a una percepción doble de la crisis como disfunción cíclica o como cambio profundo e irreversible, en ambos casos susceptibles de dar lugar a una ruptura, a un ″desprendimiento″.

El corpus de revistas analizado remite esencialmente a la idea de una ″crisecilla″ (crisette) correspondiente a un cuestionamiento pasajero cuyas soluciones se hallarían más allá de lo económico y de lo político. Lo que está en juego es la puesta en escena de una transformación de la hipermodernidad ligada al mito del crecimiento en una alter-modernidad con un fundamento moral.

Mots clés :crise; anti-crise; crisette; alter-modernité

Palabras clave:Crisis; anti-crisis; crisette; alter-modernidad

Pauline Escande-Gauquié est docteur en Sciences du langage, option « Sémiologie ». Maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne-Celsa, elle est membre du laboratoire Gripic où elle participe notamment aux travaux de l’équipe sur les Circulations sémiotiques.


Contenu en relation avec