Communication & langages

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Communication & langages (2013), 2013:119-140 (2013), 2013:119-140 NecPlus
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doi:10.4074/S0336150013011071

Dossier: Territoires et créativité

Creative Brisbane, Expérience touristique, villes créatives et esthétique de la transformation urbaine


Émilie Da Lage

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da lage é [Google Scholar]

Abstract

À travers l’étude de l’expérience touristique de la ville de Brisbane en Australie, est posée la question de la créativité et des référents associés : comment est-elle médiée et diffractée par la presse, les guides touristiques, les institutions culturelles, voire certaines formes de l’espace public urbain ? En articulant approches sémiotique et pragmatique de l’expérience touristique, sont mises en lumière les modalités par lesquelles ces politiques se rendent visibles et sensibles dans l’espace public urbain et participent à produire une esthétique de la créativité, entendue au sens de relation sensible. Ainsi, le touriste est invité à faire l’expérience d’une ville « transformée » et anhistorique. Si l’aménagement urbain tend à évacuer la conflictualité de l’espace public, celle-ci peut refaire surface dans des formes « touristiques » traditionnelles, comme la visite guidée.

Abstract

This is a case study of the tourist experience of the city of Brisbane in Australia. What is at stake is the issue of creativity and its meaning, how it is conveyed by the press, tourist guides, cultural institutions and some aspects of the open public space. Semiotic and pragmatic approaches of the tourist experience are used to cast light on how public policies can be seen and felt in the public open space and help produce an aesthetic of creativity. Tourists experience the city as a transformation/conversion, an univocal perspective of change deprived of historical context. Where the urban development tends to do away with the conflictual aspect of public space —and above all of its history— it may well resurface in such traditional touristic aspects as a guided tour.

Resumen

A través del estudio de la experiencia turística de la ciudad de Brisbane en Australia, surgen preguntas sobre la creatividad y sus referentes: ¿cuál es la mediación de la prensa, las guías turísticas, las instituciones e incluso ciertas formas del espacio público urbano al difractar dicha creatividad? La articulación de enfoques semióticos y pragmáticos en torno a la experiencia turística pone de manifiesto las modalidades mediante las cuales esas políticas se hacen visibles y sensibles y participan de la producción de una estética de la creatividad, entendida como una relación sensible. Así, el turista es invitado a experimentar una ciudad “transformada” y ahistórica. Si el ordenamiento urbano tiende a evacuar la conflictualidad del espacio público, ésta puede salir a flote una vez más en medio de formas “turísticas” tradicionales como las visitas guiadas.

Mots-clés :ville; expérience; tourisme; médiation; créativité; politiques publiques

Keywords:city; experience; tourism; mediation; creativity; public policy

Palabras clave:ciudad; experiencia; turismo; mediación; creatividad; políticas públicas

Émilie Da Lage est maîtresse de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Lille 3, membre du laboratoire GERIICO et de l’OMIC. Après une thèse consacrée à la production de l’authenticité musicale par les labels et les festivals de musiques du monde, elle a consacré ses recherches au lien entre culture et identité, en explorant les pratiques culturelles amateurs. Elle a également travaillé sur les manières d’habiter et de dire la ville par les habitants.

Elle est par ailleurs membre du comité de rédaction de la revue espacestemps.net.


List of Figures and Tables

Figure 1 :

Figure 1 : Tryptique placé dans l’une des rues piétonnes, au milieu de la chaussée. Photo Émilie Da Lage, août 2010

Figure 2 :

Figure 2 : Le mur de la station de métro Fortitude Valley, photo Émilie Da Lage, août 2010

Figure 3 :

Figure 3 : Statue de King George V, place de l’Hôtel de Ville. Photo Émilie Da Lage, août 2010

Figure 4 :

Figure 4 : Mur d’affiches dans le centre dédié aux nouvelles technologies « The Edge », South Bank. Photo Émilie Da Lage, août 2010


Destination Brisbane, Australie. Dans l’avion, le maga-zine de la compagnie aérienne nous promet une expérience : celle de la « nouvelle ville mondiale ». Brisbane, the new World City, attend ses touristes et … ses entrepreneurs. Ceux qui ont pris le temps de lire ou de regarder les reportages disponibles sur nos écrans individuels sont prévenus.

En descendant du métro, je lève les yeux pour contempler la grande artère qui traverse la ville. Elle est rythmée par des drapeaux rose fluo accrochés aux lampadaires design. Pour m’engager dans la rue, je dois contourner un panneau d’information. L’une des faces du panneau montre une jeune femme, coiffure sophistiquée et pose de magazine : c’est une annonce pour la Mercedes Benz fashion week, qui démarre dans une quinzaine de jours ; sur l’autre face, je vois une liste de dates et d’événements culturels, police ronde, joyeuse et ludique ; la troisième face du triptyque publicitaire porte les marques des financeurs de l’événement, ensemble de logos aux couleurs vives : la ville, la région, une entreprise de voitures allemande, l’Institut des industries créatives.

Plus loin, à l’entrée d’un des centres commerciaux les plus importants de la ville, au milieu de la rue piétonne, à l’arrivée du bateau qui traverse la Brisbane River pour rejoindre South Bank, le « quartier culturel » de la ville, qui est également un quartier de promenade, je retrouve ces panneaux, listant les événements à venir, et donnant une forme à l’annonce.

Un mois plus tard, je rentre à Lille, je sors du métro dans le centre-ville et me dirige vers la Grand Place, un triptyque identique à ceux qui ont jalonné mes parcours dans le centre-ville de Brisbane se dresse sur

mon passage. Une jeune femme, talons hauts et coiffure afro, jambes longues, illustre l’annonce d’un week-end mode à venir à la gare Saint Sauveur, ancienne gare de fret réhabilitée en lieu culturel, en face d’un parc. Les deux autres côtés sont consacrés à l’annonce des événements culturels organisés tout l’été par Lille 3000, une association culturelle lilloise spécialisée dans les événements d’envergure, les logos des partenaires de Lille 3000, mélange d’entreprises et d’institutions publiques, figurent en bas. Le fond est rose fluo, la police ronde et ludique.

Figure 1 :Figure 1 :
Figure 1 : Tryptique placé dans l’une des rues piétonnes, au milieu de la chaussée. Photo Émilie Da Lage, août 2010
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Cette expérience, de nombreux citadins ont pu la vivre ; elle a été à l’origine d’une réflexion sur la globalisation des modes d’apparition de nouveaux formats informatifs et publicitaires dans l’espace public et des liens unissant territoire créatif et industries créatives. Ce lien est souvent présenté comme un cercle vertueux : la ville aurait des qualités qui favoriseraient la créativité et que des politiques publiques bien pensées pourraient aider à développer ; en retour, les industries créatives irrigueraient et redynamiseraient des territoires économiquement touchés par la crise industrielle. Ces thèses largement portées en Amérique du Nord, au Royaume-Uni, mais également en Australie et en Asie, sous d’autres modalités, ont fait l’objet de multiples réévaluations critiques sur le plan académique1.

Il ne s’agit pas ici d’opérer une évaluation des thèses établissant un lien de cause à effet entre « créativité » et développement des territoires, mais de partir du fait que les termes « ville créative », « ville mondiale », « ville globale » sont des qualifications passant des travaux académiques, qui tendent à en faire des notions problématiques, aux vocabulaires et stratégies d’agents publics et privés de la transformation de la ville. Plus largement, de nombreuses métropoles dans le monde revendiquent être des « villes créatives » et mettent en place des actions et des politiques de communication visant à l’attester, aménagent leurs espaces publics urbains afin de les rendre accueillants pour les « classes créatives »2 ou les « talents »3 et investissent dans la culture et la recherche sur les industries créatives. Dans quelle mesure ces politiques, largement globalisées4, transforment-elles l’expérience urbaine ?

À travers une étude de cas, celui de l’expérience touristique de la ville de Brisbane en Australie, nous envisagerons la manière dont la question de la créativité et les référents qui lui sont associés est portée, médiée, diffractée par différents acteurs et agents - la presse, les guides touristiques, les institutions culturelles, certaines formes de l’espace public urbain - qui participent de l’expérience de visite. En articulant approches sémiotique et pragmatique de l’expérience touristique, nous suivrons les modalités par lesquelles ces politiques se rendent visibles et sensibles dans l’espace public urbain et participent à produire une esthétique de la créativité, entendue au sens de relation sensible.

Pour cela, nous analyserons les discours touristiques et montrerons comment, pris dans l’expérience de visite de la ville, ils en constituent les cadres. La performance touristique s’inscrit dans un cadre normatif que les touristes sont engagés à actualiser, mais les discours touristiques, à l’épreuve du réel, constituent également des référents que les touristes sont appelés à vérifier, voire à questionner.

Brisbane Australia’s New World City5

L’Australie a développé, depuis le milieu des années 1990, des politiques nationales et régionales, dans lesquelles la thématique de la créativité, associée à celles de la défense de la diversité culturelle et de l’innovation, est importante. Dès 2002, l’État du Queensland s’est doté d’un schéma directeur Creative Queensland, qui visait à soutenir les arts et la culture par le soutien aux industries culturelles locales, permettre à la créativité d’irriguer les modes d’administration, de gestion des entreprises et des administrations et favoriser l’innovation sociale. Dans ce contexte, la municipalité de Brisbane mène plusieurs actions de rénovation et de planification urbaine : la rénovation des docks en quartier culturel, dont la gestion est confiée à une société d’économie mixte, South Bank corporation, puis en janvier 2006, la création de ce que la municipalité nomme le premier Special Entertainment Precinct, sur le secteur de Fortitude Valley, lieu de vie historique de la scène musicale de Brisbane. Instituer ce quartier en tant que « quartier festif » a permis un assouplissement de la législation nationale sur le bruit et l’organisation des concerts. Cet assouplissement législatif s’est accompagné d’une stratégie baptisée Valley Music Harmony plan pour gérer les conflits entre riverains et organisateurs de concerts. Pour John Willsteed6, cette politique volontariste a été largement orientée par la prise en compte des intérêts des industries culturelles locales.

La ville de Brisbane abrite également l’Institut des industries créatives de l’Université technologique du Queensland. Celui-ci est à l’initiative de la création d’une agence de développement dont l’objectif est de « favoriser l’innovation, l’échange entre chercheurs, entrepreneurs, étudiants et développer le secteur des industries créatives en Australie et plus particulièrement à Brisbane »7. La question du développement de Brisbane appuyée sur le soutien aux industries créatives s’inscrit dans un jeu d’acteurs publics et privés8, qui configure localement les interactions entre technique, expertise et politique. L’action de la puissance publique a la particularité de n’être pas seulement source « d’effets sur la ville, mais aussi porteuse d’intentionnalités qui peuvent se saisir de l’espace urbain comme cible et instrument de son action »9. Ces intentionnalités sont notamment publicisées à travers le plan de développement de Brisbane à l’horizon 2026, qui fixe des objectifs de développement de la reconnaissance de Brisbane comme ville « créative », dans la perspective de l’asseoir comme « ville mondiale ». Ce plan scénarise l’avenir souhaitable pour Brisbane et engage différentes catégories d’acteurs, dont les habitants, à agir dans la ville. Le plan Brisbane 2026 fixe des objectifs à atteindre à l’ensemble de la communauté. Ces objectifs insistent sur la nécessité de développer une « personnalité » de la ville, appuyée sur des qualités propres à ses membres : l’accueil, l’engagement, la participation et un haut niveau de formation et de maîtrise des technologies numériques. Par ailleurs, cette personnalité doit être reconnue au niveau international. Pour la ville de Brisbane, cela n’est pas rien : son économie repose en effet sur la production industrielle et l’exploitation de ressources minières, et son image était celle d’une ville de province endormie. Cet enjeu d’image est souligné dans le discours public.

Cette scénarisation de l’avenir des territoires s’articule avec d’autres formes de mise en récit, le discours touristique en est l’un des modes, particulièrement investi au regard d’une stratégie associant destin mondial et développement créatif. La mise en désir des territoires opérée par les discours touristiques10 est l’un des moyens par lesquels s’actualise la nécessité de convaincre des populations particulières d’investir, en matière à la fois de capitaux et de choix de vie, dans un territoire donné11. Ces discours ne sont pas uniquement lus par les touristes, tant ils s’inscrivent dans un espace médiatique partagé. Ils produisent des « images identifiantes »12 qui résonnent avec l’expérience urbaine. Il ne s’agit pas là de faire de ces discours de simples traductions des stratégies de développement de la ville, mais bien des dispositifs de médiation qui s’inscrivent dans cet environnement institutionnel et discursif et participent à la configuration de l’expérience urbaine. Ces discours sont à la fois lus, vus ou entendus de manière préalable à l’expérience physique de la ville ou pris dans l’expérience de visite. Dans une perspective communicationnelle, ils ont été analysés comme une composante de l’expérience touristique et étudiés dans l’ordre de leur réception par le touriste.

Dans un premier temps, nous analyserons donc le discours éditorialisé et consulté principalement en amont et au début de l’expérience touristique : guides de voyage, magazine spécialisé de la compagnie aérienne, supports et sites de l’Office de tourisme et du Département marketing de la ville13. Dans un second temps, nous analyserons la manière dont ces lectures et consultations ont participé à la sémiotisation de l’espace urbain et nous envisagerons une dernière médiation touristique, les visites guidées. Ce parcours nous permettra de comprendre la manière dont la transformation de la ville de Brisbane peut faire l’objet de ce que nous appellerons une « proto problématisation » au cours de l’expérience touristique.

Devenir une « vraie ville »… ou quand Brisbane comes out swinging14

L’élément saillant de la communication touristique, quel que soit le support étudié, est l’organisation des discours autour d’un récit-maître : celui de la transformation de Brisbane. Celle-ci serait passée, ces dernières années, de la ville de province assoupie à une métropole qualifiée de « vibrante ». Cette transformation de la ville est systématiquement comparée avec celles de Sydney et Melbourne, faisant apparaître une forme de compétition entre les métropoles australiennes et Brisbane, l’outsider finalement vainqueur pouvant aujourd’hui affirmer publiquement son statut de New World City.

Ce récit-maître est développé dans trois catégories d’espaces éditoriaux spécifiquement destinés aux touristes. Ceux-ci, papier ou en ligne, se distinguent par le sujet et le type d’énonciation. Les guides sont basés sur la force de prescription et d’indépendance que confèrent le sérieux et la renommée du guide ; les articles et publi-reportages dans les magazines spécialisés sont écrits dans un style journalistique ; Brisbane et sa communauté sont les objets de l’article. Ainsi, la présentation de Brisbane par les services marketing de la ville, qui parlent au nom de la communauté, donne à lire un « Nous », contribuant à en produire l’identité pour le lecteur.

Au-delà de leurs différences éditoriales, c’est le partage d’une même perspective sur la transformation de la ville qui a retenu notre attention. Cette focale commune produit un effet de validation de ce processus de transformation, mais aussi de son cadre – une compétition « naturelle » entre des villes dotées d’une personnalité – et de ses moyens – le développement d’une ambiance15 créative.

Il serait spéculatif de lire ces différentes publications comme des traductions de l’intention partagée par différents acteurs de la ville de la promouvoir en tant que « ville mondiale ». Si dans ces espaces discursifs figurent, à des degrés divers, des « traces » de cette intention, ils sont surtout des espaces dans lesquels peuvent se repérer des proximités discursives et dont la lecture croisée informe le voyageur sur le type d’expérience qu’il va faire. Dans le cas de Brisbane, celle d’une « vraie grande ville ».

Ces publications nous donnent une idée de ce que le syntagme « vraie grande ville » veut dire, tout d’abord en mobilisant des images qui renvoient à un imaginaire urbain supposé partagé. L’imaginaire associé à Brisbane n’a ni la patine historique ni l’ampleur internationale d’autres grandes villes du monde. La ville est certes connue à l’échelle du continent australien, certains romans ou films la prennent pour décors, mais ces productions culturelles ne sont guère connues hors des frontières australiennes. C’est dans ce contexte que doit s’envisager l’expérience touristique et la place particulière que tient la communication à destination des touristes potentiels, visant à produire Brisbane comme destination mondiale pour un public à la fois local, national et international. Les discours sur la ville et l’iconographie déployée dans les publications touristiques ou dans les clips publicitaires disponibles sur le site dédié au tourisme de la ville permettent au touriste de connecter Brisbane à un imaginaire urbain plus vaste. La configuration de la ville, le fait que le quartier d’affaires et ses tours soient longés par la Brisbane River, enjambée par un pont assez spectaculaire, offre la possibilité de produire des images de Brisbane qui font clairement référence à des images d’autres villes, et principalement à New York16. Les photos de Brisbane fournies aux guides ou aux journalistes par les services de la ville, ou faites par les journalistes eux-mêmes, sont souvent prises depuis la rive sud de la ville, mettant en perspective le pont et le quartier d’affaires, de jour comme à la nuit tombante. Le centre d’affaires devient le point de focale ; les touristes sont comme invités à prendre le pont, à le traverser pour plonger dans la ville scintillante.

Les photos de Brisbane en New York australienne permettent de situer d’emblée l’expérience touristique promise comme une expérience typiquement urbaine, ce qui au regard de l’histoire de la touristification de la ville est une vraie transformation.

Par ailleurs, le récit de la transformation de la ville est accompagné d’une liste de lieux à visiter, de choses à faire et à voir qui attestent l’appartenance de Brisbane à la catégorie à laquelle elle proclame appartenir. Les différentes publications insistent sur le fait que Brisbane se serait récemment dotée des éléments caractéristiques d’une « vraie » métropole mondiale et le discours touristique participe de l’instituer comme telle : boutiques de mode et de design, restaurants « créatifs », galeries d’art de standing international, événements culturels et vie nocturne animée. Ces éléments sont repérables à la fois dans le discours descriptif et informatif et dans celui, prescriptif, des recommandations qualifiées de « bons plans ». Cette rubrique, commune aux différentes publications, permet de repérer ce qui dans l’énonciation repose sur des « tenus pour acquis » par les touristes et les professionnels du tourisme et les actualise. Les modes de catégorisation des lieux à fréquenter, des restaurants où aller dîner, des boutiques sont particulièrement éclairants. Dans ces publications, la vie culturelle - les expositions, les galeries, la scène musicale - est directement assortie à des activités de consommation de produits des industries créatives : mode, design, cuisine, musique. Enfin, une rhétorique de la prolifération de ce type de lieux se déploie dans nombre de ces publications.

Culturalisation et subjectivation de la visite : le rôle des industries créatives

Classiquement, la communication touristique découpe l’espace de la ville en quartiers et propose des parcours ; ce découpage de la ville et le type de distinction entre les quartiers se retrouvent quel que soit le support de communication. Le site du Département du marketing touristique de Brisbane propose d’accéder à des vidéos produites par la société BrisTV présentant chaque quartier comme un village urbain, un hyperlien permet d’accéder à une page YouTube où toutes les vidéos sont rassemblées.

La partition de la ville en quartiers identifiés propose le leurre de la ville mosaïque17 faite d’une collection de « villages urbains », petits mondes séparés par des distances morales18. Les clips jouent un rôle particulier19 : ces distances morales sont rendues sensibles au spectateur non seulement par les titres, qui indiquent métaphoriquement une manière de vivre propre au quartier20, mais également par les ambiances produites. Ces « distances morales » sont suffisantes pour créer le désir de la visite, mais trop courtes pour proposer une réelle diversité. En effet, le contenu de la vidéo lui-même est similaire d’un quartier à l’autre : il montre de jeunes actifs dans des parcs ou dans la nature, des boutiques de luxe ou branchées, des bars et des restaurants reliés par des pistes cyclables ou des modes de transports doux, comme les navettes fluviales. La bande-son plus ou moins électronique, soul ou rock, selon que le quartier est censé être festif, dédié au travail, aux loisirs et à la fête ou résidentiel, est l’un des éléments qui instaurent l’ambiance du quartier.

Les bandes-son sont principalement produites par des groupes locaux, leur esthétique correspond à celle de la pop internationale. La musique passe fréquemment d’un statut de son off, hors champ, à in dans les clips, valorisant les expériences musicales possibles à Brisbane et affichant le lien entre la scène locale et les industries musicales. Ces bandes-son enveloppent les images d’une ambiance sonore qui n’est que partiellement celle de la ville, mais en colore l’expérience. L’utilisation de la musique participe à subjectiver et culturaliser l’expérience de la ville tout en instaurant une forme de distance douce renforcée par l’utilisation du point de vue en caméra subjective. Le montage rapide reste pourtant fluide. L’expérience urbaine est subjectivée par la présence de « guides », tous blancs, jeunes, dotés d’un fort pouvoir d’achat et répondant aux critères publicitaires de la beauté ; ils constituent des modèles instaurés comme désirables, évoluant avec aisance dans cet environnement urbain, sans que l’on puisse dire avec certitude s’ils sont résidents ou touristes. La fluidité de la caméra dans les films publicitaires de la ville évacue le chaos ; au choc évité de la métropole moderne, se substitue le continuum pop et ludique de la ville contemporaine dont le montage épouse le rythme, prévisible, à l’image de l’expérience du quartier qu’il suggère.

La ville est présentée tel un bien « d’expérience ». Les styles de vie possibles dans la ville permettraient en quelque sorte de donner une valeur à l’expérience urbaine, en la densifiant, en la ludifiant21, en la rendant désirable et en permettant de la qualifier. Ce discours sur l’expérience touristique de la ville rencontre les études qui font du touriste urbain un touriste en quête d’expériences davantage que de spectacles22. Cela se traduit par le peu de vues de la ville, hormis la perspective depuis le pont, qui accompagnent la communication touristique. La ville n’est pas à voir, mais à vivre au présent, sur un mode ludique.

Jouer dans la ville, du touriste à l’habitant

L’adresse au visiteur dans les propositions de visites de quartiers est basée sur une injonction à agir dans la ville, mettant en avant une série d’actions possibles – Explore, Play, Connect, Celebrate23. Contrairement au tourisme créatif basé sur des activités dites créatives, il ne s’agit pas de se « mettre au travail » ou en situation d’apprentissage, mais de profiter de moments de loisirs basés sur la consommation. C’est par ce biais que les touristes sont envisagés comme des co-producteurs non de la créativité24, mais de l’ambiance créative de la ville. Ces publications contribuent à créer un effet d’homologie entre les résidents de Brisbane, présentés sous la forme d’une collection de communautés par quartier, mais partageant des qualités communes – sens de l’innovation, de la fête, du style –, déployant dans la ville un style de vie propre aux jeunes actifs de la « classe créative » de Florida ou des « talents » de Landry – qui sont dans le cas de Brisbane majoritairement blancs et hétérosexuels – et des touristes appelés à s’y identifier25. Être touriste ne consiste pas seulement à voir la ville esthétisée par la culture, mais à y contribuer, en participant, par sa consommation d’événements, de vêtements, de concerts, à se rendre visible sous les modalités de la vie locale, qui signent « la créativité » et sont incarnées par les figures d’habitants dessinées par la communication touristique.

Cette proximité entre habitants et touristes est également suggérée par l’importance donnée dans les descriptions de la transformation de la ville à sa forte attractivité pour de nouveaux habitants, attractivité chiffrée ; le Lonely Planet mentionne par exemple qu’un millier de personnes viendraient s’y installer chaque semaine26. La mise en désir du territoire passe donc par le fait qu’il est désiré par d’autres, suggérant des qualités d’hospitalité de la ville.

Cette requalification de la ville et d’un mode de mise en tourisme basé sur la proximité entre l’activité touristique et les activités de loisirs des habitants passe également par la disqualification des « anciennes » logiques touristiques27. Les articles dévalorisent, par le biais de la ringardise, un modèle d’offre touristique axé autour d’activités spécialisées et clairement adressées aux touristes – le casino ou le parc d’attraction –, organisées dans des lieux dédiés, fermés, et louent la possibilité d’accomplir des activités partagées par les touristes et des habitants requalifiés. Le classique come as you are est aussitôt réencadré par la proposition de types d’habitants et de modèles d’action et, dans les publications de la ville, par l’invitation à se réaliser à l’intérieur du cadre normatif posé dans les discours.

Enfin, le récit met en forme un lien entre le dynamisme créatif de la ville et l’identité présente du territoire, une identité en phase avec la production de Brisbane en tant que territoire accueillant précisément parce qu’il tourne le dos à son histoire pour puiser son identité dans des valeurs partagées qui s’expriment au présent.

La qualification morale de l’espace

C’est une positive attitude et une confiance en soi créative qui fait de Brisbane une « nouvelle ville mondiale » authentique.28

La communication de Brisbane lie la transformation de la ville à un ensemble de valeurs et de normes portées par la ville et que l’on fait endosser à ses habitants. Or, le sens de l’innovation et la confiance en soi sont clairement des valeurs renvoyant à la « doctrine de la créativité » identifiée par Philip Schlesinger29. Elles s’inscrivent en cohérence avec un cadre économique libéral dont les conséquences sur les conditions de travail et l’organisation sociale ont été documentées notamment par David Hesmondalgh et Sarah Beker30.

La description de la transformation de la ville est également celle de l’efficacité de ce cadre dont la dimension normative permet la généralisation. Ainsi, la communication touristique de Brisbane présente la ville comme un environnement designé – Brisbane y est parfois comparée à un playground – pour que puisse se réaliser un style de vie désiré et partagé par des résidents et des touristes. Repérable de manière sensible, il est marqué par ce qu’on pourrait appeler une « esthétique de la tendance », propre aux industries créatives, particulièrement de la mode, du design et de la musique, qui se déploie de manière largement transnationale et met en jeu autant nos goûts culinaires que vestimentaires et musicaux à travers des modalités de coordination propres, tels les cahiers de tendances pour la mode et le design, par exemple. C’est aussi l’existence de cette ambiance sensible que nous sommes appelés à venir constater et partager, qui s’inscrit dans le récit-maître de la transformation de la ville et qui est rapportée aux valeurs morales et normatives repérables également dans les discours d’accompagnement des industries créatives31.

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Figure 2 : Le mur de la station de métro Fortitude Valley, photo Émilie Da Lage, août 2010
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La transformation de Brisbane est prise dans un discours touristique de célébration32 qui déploie une esthétique publicitaire dans laquelle vie désirée et vie bonne se superposent. Ce discours ne se déploie pas uniquement dans les espaces discursifs traditionnels de la communication touristique – guides, brochures, sites – mais s’inscrit dans l’espace public de la ville elle-même à travers l’affichage public. Le discours touristique joue ici un rôle de qualification morale de l’espace, mis en évidence par R. Amirou33. La transformation de la ville est bonne pour ceux que la communication publique rend visibles et dont elle contribue à naturaliser les goûts34.

Faire l’épreuve de la promesse de ville créative

Véritables médiations, les discours touristiques sont performatifs à plusieurs niveaux : tout d’abord, ils sont des promesses d’expérience, qui engagent à la fois l’énonciateur du discours et le territoire qu’il raconte. Ensuite, ils sont des productions discursives et sémiotiques de la ville qui encadrent l’expérience et trouvent des prises dans la ville elle-même. Notre hypothèse ici est que l’expérience touristique se construit dans l’articulation entre la pratique de la ville et sa sémiotisation par les dispositifs de la communication touristique. Dans cette analyse de l’expérience touristique, mon statut de femme blanche, européenne et sensible à la culture et à la musique, le fait d’être « dans la cible », permet de situer le savoir produit ici.

Se déplacer, flâner

Brisbane est une ville visiblement cosmopolite. L’affichage public et la signalétique en anglais, le type de bâtiments ou de transports ne produisent pas d’effet d’étrangeté ou de désorientation pour le touriste européen, la ville est propre, il n’y a pas de misère visible et les commerces sont très policés. Il y est donc malaisé a priori de définir le touriste comme l’étranger de Simmel35, capable d’analyser et de voir la spécificité de la citadinité propre à Brisbane. Toutefois, nous allons voir que c’est précisément cette proximité par-delà la distance et le déplacement qui informe le touriste et le chercheur.

La facilité avec laquelle Brisbane se laisse parcourir par le touriste, la diversité culturelle visible des personnes qui arpentent l’espace public lui permettent de n’afficher que peu de marques de son étrangeté. En retour, il ne suscite pas de marques de curiosité, et se prête à la sociabilité superficielle et aux jeux de l’inattention civile. En ce sens, l’épreuve publique de l’accessibilité de l’espace public36 de Brisbane ne semble receler aucune chausse-trappe, rapidement le visiteur peut baisser la garde et actualiser dans son comportement public la proximité entre touriste et résident, qui constitue la trame du discours touristique sur la ville.

Figure 3 :Figure 3 :
Figure 3 : Statue de King George V, place de l’Hôtel de Ville. Photo Émilie Da Lage, août 2010
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Les transports publics de la ville sont également l’une des modalités par lesquelles cette expérience se réalise. Une carte rechargeable permet d’accéder à l’ensemble des différents modes de transports publics sans avoir à passer de barrière physique. Des bateaux rapides relient les quartiers longeant la rivière aux différents parcs et au quartier de South Bank. Se déplacer en bateau est en soi proposé comme une expérience de visite permettant de découvrir les berges et d’expérimenter la navigation. Les CityCats participent de rendre fluide et ludique l’expérience de la mobilité en ville37. Le métro est présenté comme une porte d’entrée dans les quartiers, assurant une adhérence forte38 entre le mode de transport et la ville. Des messages stylisés de bienvenue accueillent le voyageur dès sa sortie de la rame. Celui du quartier de Fortitude Valley est explicite : Music is the langage everyone speaks, the valley welcomes you. Cette adresse au visiteur lui rappelle la spécificité du quartier – lieu de la scène musicale locale – et l’utilise comme un moyen d’affirmer l’hospitalité de la ville, tout en jouant son rôle de qualification morale de l’espace en posant l’esthétique d’une scène de musique actuelle comme universelle.

Figure 4 :Figure 4 :
Figure 4 : Mur d’affiches dans le centre dédié aux nouvelles technologies « The Edge », South Bank. Photo Émilie Da Lage, août 2010
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Sémiotiser l’espace urbain

Se promener dans Brisbane, c’est être constamment en contact avec une signalétique de l’événement et il est simple pour le touriste européen de la percevoir comme telle, elle est similaire à celle qui signale les événements culturels dans quasiment toutes les villes du monde qui ont fait les mêmes choix de développement urbain : drapeaux roses, polices rappelant celles de la communication culturelle et celles des clubs39. Des triptyques se dressent sur le passage du passant de telle sorte qu’il faut forcément les contourner. Ces triptyques sont porteurs d’images : image de mannequins ou de jeunes gens faisant la fête pour annoncer les événements (voir fig. 1). L’œil est constamment sollicité par des annonces diverses d’événements regroupés sous la catégorie What’s on : cette catégorie informative joue sur le registre de l’invitation à la participation aux activités distinguées par la communication publique. Emmanuel Souchier40 nous invite à considérer le rapport entre l’image du texte et le texte lui-même : dans ce cas, la mise en forme et en image de l’actualité par la communication publique entre en résonance avec la communication des structures culturelles et des industries créatives, unifiées dans une esthétique publicitaire dont l’efficacité réside dans son ajustement formel au regard blasé et superficiel du citadin. Sans avoir à les lire au sens propre, ni comprendre exactement à quoi ils se rapportent, ces éléments participent d’un environnement visuel et sensible de la ville.

Les marques d’esthétisation de la ville par l’affichage public se combinent, dans notre expérience, aux malls luxueux et aux vitrines des bars branchés, aux murs couverts d’affiches annonçant les concerts, aux jeunes filles élégantes, à des œuvres d’art in situ. Le paysage urbain est constitué des éléments retenus par l’œil du citadin41. En faisant apparaître des lieux, des morphologies, en rendant sensible des ambiances, en les dotant d’histoires, en mettant en ordre et en récit, en rendant lisible le chaos urbain, en proposant des parcours, le discours touristique est un des opérateurs de l’expérience. Celui-ci permet non seulement de voir, mais également de sémiotiser l’espace urbain.

Isaac Joseph42 décrit la centralité du regard dans l’expérience du flâneur, un regard qui ne donne pas sens, mais qui effleure la surface de la rue, pour qui « les signes […] ne sont pas […] des sédimentations de sens », qui reste « en deçà de l’expérience dialogique du face à face » et demeure « incapable de démasquer ou d’interpréter »43. Cette expérience de la flânerie recouvre en partie l’expérience touristique, sans s’y limiter. En effet, les touristes préparent leur expérience et, dans ce cas, l’expérience de la ville combine flânerie et visite. Dans le cadre de la visite, le discours touristique permet de « définir des ordres de pertinence qui font saillir, sous la forme de “prises”44, des éléments particuliers du paysage visible »45. Il participe donc à configurer l’espace urbain en jouant sur la manière dont les touristes donnent sens aux éléments visibles et sensibles dans la ville. L’expérience sensible de la ville est enrichie, par le discours de la transformation urbaine et sa qualification esthétique, d’une expérience cognitive. Le discours touristique se diffracte dans les signes de la présence des activités, les productions des industries créatives, l’événementialisation de la ville qui y est relative. Ces signes portent le récit de la transformation de la ville. Celle-ci n’apparaît donc pas seulement comme une vraie ville, mais bien comme une « nouvelle vraie ville ».

Ce qui déborde

Le propre de l’expérience touristique est de faire l’épreuve de la ville promise. Nous en avons déjà détaillé une partie des caractéristiques ; la dernière consiste à faire l’épreuve de ce qui déborde, de l’incontrôlable propre à la ville, se promener dans la ville c’est aussi plonger dans la multitude des pratiques urbaines, des corps, des odeurs et des sons qui se déploient entre les discours qui idéologisent la ville. Là prolifèrent les ruses et les combinaisons de pouvoirs sans identité lisible, sans prises saisissables, sans transparence rationnelle – impossibles à gérer46. Dans ce « débord » peut aussi se glisser l’ordinaire des pratiques touristiques : se perdre, prendre le métro en sens inverse et s’écarter des chemins tracés. Ces pratiques peuvent déboucher parfois sur une expérience « intersticielle »47 recherchée est vécue comme authentique. Au cours de ces accidents de parcours peuvent surgir des interactions non prévues, mais souvent elles se révèlent plus « banales » et se limitent à une demande de chemin, occasion de mettre à l’épreuve l’hospitalité des habitants. Les paysages alors rencontrés : rues vides, banlieues pavillonnaires homogènes ou quartiers en déshérence, sont vécus comme des « dehors » de la ville et de l’expérience touristique. Il n’y a rien à y « faire ».

Enfin, arpenter une ville touristique est aussi l’occasion de voir les touristes en action, à condition qu’ils se laissent appréhender comme « touristes ». Même si, comme nous l’avons montré, c’est peu le cas à Brisbane, certains lieux résistent malgré les stratégies de requalification. C’est principalement le cas de la place de l’Hôtel de Ville, où les photos de groupes devant les kangourous sont permanentes. Les œuvres d’art in situ qui occupent la place peuvent parfois devenir également une curiosité, requalifiant le touriste en amateur. Son comportement public se règle sur celui du visiteur de musée ou de galerie : il avance et recule devant les œuvres, s’approche pour lire la notice, penche la tête. Il fait alors exister cette relation aux œuvres dans l’espace public. Cette attitude n’est pas en soi réservée aux touristes et ces « amateurs » résistent à l’identification touristes/habitants. Toutefois, les nombreux temps d’observations filmées de cette place montrent que cette attitude est minoritaire, la place est traversée rapidement, les œuvres sont peu regardées, et beaucoup de touristes multiplient les efforts pour qu’elles ne perturbent pas leur expérience touristique : exclure l’œuvre du cadre des photos par exemple, choisir des points de vue qui permettent d’échapper à la nécessité de porter un jugement ou de considérer l’œuvre. Par leur comportement, ils signalent que Brisbane mérite d’être mise en tourisme, tout en incarnant physiquement la possibilité de profiter de Brisbane in the old way. Par ailleurs, se produire sur la scène touristique comme touriste fait exister la distinction touristes/habitants que le discours touristique entend rendre floue. En ce sens, le touriste participe de l’ordre de la ville, il en est l’un des performers48. Bien sûr, il est capable d’improviser, voire de rompre avec le scénario de la visite proposé par les professionnels du tourisme, il peut tout simplement ne pas en avoir la possibilité dès lors qu’il est identifiable, dans l’espace public ou dans les lieux « branchés » de la ville, comme n’appartenant pas au même régime de visibilité49. Il prend alors le risque de ne pas prendre part à l’expérience touristique promise.

Défaire la ville

L’endroit le plus policé de la ville, dans lequel l’ordre public semble être venu à bout de l’indocilité de la ville, est précisément celui qui lui échappe le plus. South Bank, plaine festive privatisée, ressemble aux « territoires délimités et soigneusement choisis de la ville festive », décrite par Maria Gravari Barbas50. « C’est dans ces espaces largement privatisés, gérés de manière intégrale, qui instaurent leur propre ordre esthétique et comportemental, que les citadins, (que les promoteurs de ces opérations conçoivent comme) forcément solvables, peuvent désormais prendre leur bain de foule, dans une ambiance sécurisante et bon enfant »51.

Une visite à South Bank un samedi après-midi rend manifeste cette artificialité des quartiers dédiés, celle-ci est perceptible par le visiteur, du moins européen, et elle affecte les événements qui s’y déroulent. En une demi-journée, il est ainsi possible de participer à l’inauguration de la Fashion Week, d’assister à un concours de jeunes chanteurs organisé de manière conjointe par un label national et le QUPAC (équivalent d’une scène nationale), de contempler plusieurs œuvres installées dans l’espace public, de voir des jeunes gens occupés à des activités liées aux cultures numériques en longeant la façade vitrée de The Edge, un lieu entièrement dédié aux nouvelles technologies et à leur utilisation, de visiter l’exposition Valentino organisée au Musée d’art contemporain, de croiser les élèves du Conservatoire sortant de leurs cours leur instrument sous le bras. Cette succession d’activités possibles rend manifeste non seulement l’événementialisation et la publicisation des activités liées aux industries créatives, mais également le fait que ces activités soient rendues visibles dans un jeu d’effacement de l’espace privé et de l’espace public. Baies vitrées, événements en plein air, emplacement des équipements culturels et de formation au cœur de lieux de promenade donnent à voir les activités dont le bon déroulement est assuré par la police des comportements des visiteurs et participants et garanti par des agents de sécurité.

L’expérience rend manifeste un trouble52 : quelque chose « sonne faux », le quartier devient pour nous, informée des discours touristiques dont South Bank est l’une des composantes importantes, une espèce de « quartier témoin », à la manière d’un « appartement témoin ». Ce trouble de l’expérience touristique est lié au fait que l’artificialité visible rompt le contrat d’authenticité que la communication touristique avait instauré. Pour le touriste, ce qui devient alors « problématique » c’est le caractère mimétique et quasiment déréalisant de la mise en scène de ces activités laissant apparent le paradoxe de la singularité rationalisée de la ville globale contemporaine53. Cette caractéristique est perceptible dès lors que les touristes sont confrontés à la multiplication de ces zones dans leur expérience du monde. Celles-ci sont clairement marquées et délimitées, elles correspondent aux zones globales au sein des villes que décrit Saskia Sassen54. Elles peuvent être juridiques ou, comme ici, physiques et bénéficient d’un régime d’exception permettant aux logiques globales de s’inscrire localement. Les zones d’activité des industries créatives à Brisbane sont précisément de cet ordre-là : espaces semi-privatisés dans le cadre de South Bank, quartier aux réglementations aménagées pour Fortitude Valley. La police du sensible nécessaire à la réalisation du modèle archétypal de développement des villes créatives ne semble laisser d’autre solution que de défaire la ville.

Les visites guidées et le retour de l’histoire

L’analyse a montré la production conjointe des catégories descriptives de la ville par ses services marketing, les journalistes spécialisés et les guides touristiques. Au cœur de l’expérience, ces catégories descriptives se renégocient entre la ville elle-même et ses caractéristiques sensibles, les habitants et les touristes. Dans notre expérience, l’un des lieux de cette renégociation a été les deux formes de visites guidées proposées par l’Office du tourisme de la ville.

La première s’effectue avec un guide bénévole de l’Office du tourisme, elle est qualifiée par son personnel de « visite classique », elle est gratuite.

Dans cette visite, Brisbane est avant tout envisagée comme une ville avec un passé. Le guide présente de manière valorisante les lieux « anciens », tous traces du passé colonial, et au fil de la visite, il évoque les changements de la ville au cours du temps. Il intègre les changements présents dans une histoire continue d’amélioration de l’environnement et du cadre de vie, mais également dans une histoire politique et institutionnelle de la ville. Tout au long de la visite, il opère une médiation entre un savoir stabilisé, celui de l’histoire de la ville, et un savoir plus localisé dont il est détenteur55, ses souvenirs sont mis à contribution pour illustrer l’histoire récente de la ville, marquée par sa « transformation ».

Celle-ci prend une place importante dans la visite, le guide la date – il y a cinq ans – et la présente de manière positive : « maintenant la ville retrouve un centre ». Il l’inscrit dans une histoire personnelle : « quand j’étais petit, on venait faire les magasins en ville, puis la ville s’est vidée, aujourd’hui les magasins reviennent avec les habitants ». Il fait également remarquer qu’aujourd’hui on voit plus de jeunes actifs, qu’il identifie comme travaillant dans les secteurs de la finance et des nouvelles technologies, il assimile cette présence au fait que la ville semble prospérer et offrir des opportunités de carrières pour les plus jeunes.

Les transformations les plus récentes (piétonisation des rues les plus commerçantes, transformation de la place de l’Hôtel de Ville en esplanade) sont, elles, commentées sous l’angle des controverses et de l’attachement des habitants de Brisbane, dont il se fait porte-parole, à la place de la nature en ville. La communauté homogène dont il avait dressé le portrait en mobilisant le « nous » et en mettant en valeur une histoire partagée se fissure et il laisse entrevoir des points de fractures, y compris entre lui et les autres habitants : « tout le monde déteste, moi je trouve que… ». Ce faisant, il s’inscrit en accord avec un projet de transformation de la ville qu’il pointe comme porté par la municipalité, mais qui apparaît beaucoup moins consensuel.

Enfin, les discussions à la fin de la visite avec le guide sur l’objet de ma recherche font apparaître d’autres éléments intéressants. Il définit la créativité à partir des points forts de la ville qu’il mobilise dans son discours : le patrimoine et l’identité, le premier en tant qu’il porte témoignage de la créativité de la ville. Or, la dimension patrimoniale n’est quasiment pas présente dans le discours de promotion touristique de la ville tout entier tournée vers un contemporain anhistorique. Ce patrimoine est essentiellement lié à l’histoire coloniale, histoire conflictuelle, et sa valorisation, tout comme son interprétation, comme nous le verrons dans la visite suivante, est problématique. Le guide décrit par ailleurs une volonté municipale de « vendre Brisbane » pour sa vie culturelle et son style « tendance ». Une volonté qu’il présente comme déconnectée de l’expérience des acteurs de terrain du tourisme, qui « savent bien que pour les gens, Brisbane c’est avant tout un spot nature… ». Enfin, il s’amuse qu’une Française enquête sur la notion de créativité. Pour lui, la créativité est européenne, et la France fait figure de modèle, je n’ai donc rien à apprendre ici. Les rapports s’inversent et la touriste que je suis devient, dans l’interaction, celle qui doit attester que Brisbane répond bien aux caractéristiques de la ville créative telle que je la connais en Europe.

La seconde visite a été faite avec une guide professionnelle sur la thématique de l’architecture ; la visite est payante, elle est proposée par la guide et l’Office de tourisme ne fait que relayer l’offre.

Cette visite rend visible une ville marquée par la présence d’œuvres d’art dans l’espace public et surtout habitée par une communauté aborigène porteuse de la créativité de la ville. La guide pointe les sculptures et fontaines conçues par une artiste aborigène et les interprète à partir du rôle de l’eau dans la conception aborigène du monde. Dans la première visite, le guide s’était contenté de souligner l’ingéniosité du mécanisme sans préciser que cette sculpture était l’œuvre d’une aborigène. La ville devient également le lieu dans lequel se déploient l’histoire douloureuse de la colonisation et ses répercussions post-coloniales dont le point d’orgue est la visite du Learning Center aborigène attenant à la médiathèque de South Bank, un lieu « chargé », que nous sommes invités à sentir. La guide rend manifeste sa propre douleur et culpabilité face à cette histoire et ses conséquences contemporaines. D’autres habitants porteurs d’autres histoires s’invitent dans nos manières de percevoir et de comprendre Brisbane. Si les corps aborigènes restent absents – les lieux sont vides quand nous les visitons et nous les devinons peu pratiqués –, nous pouvons donner un sens aux marques architecturales de leur présence.

Cette histoire se mêle à celle des tours et gratte-ciel, des ponts et du GOMA, de la bibliothèque de Brisbane, qui constituent les réalisations architecturales contemporaines les plus remarquables.

Dans la discussion qui suit la visite, une fois de plus, Brisbane est présentée comme « pas assez créative », cette fois en regard des grandes villes asiatiques comme Hong Kong.

Enfin, les guides eux-mêmes, leurs corps, leurs styles aussi bien que les bribes d’histoires personnelles dévoilées nous rendent physiquement concrètes des figures d’habitants différentes de celles proposées par la communication touristique, mais aussi de celles croisées lors des déambulations parce que singularisées par la rencontre. Les guides ont des biographies qui s’inscrivent dans une histoire collective et font apparaître l’épaisseur des récits croisés.

Dans les visites guidées, la ville est parlée56 dans le cadre d’une forme particulière de communication touristique, « les descriptions ainsi recueillies prennent leur sens davantage par rapport à la phénoménologie de l’espace vécu que par rapport à des logiques abstraites »57. Ces descriptions prises dans les cadres interactionnels de la visite produisent une image plus mouvante de la ville, « générée par des procédures récurrentes, caractérisables en termes d’opérations fondamentales de définition thématique des objets, d’ancrage énonciatif, de dénomination des lieux, de délimitation de l’espace »58.

Les visites guidées sont par ailleurs des modes de médiation de la ville59 au cours desquelles les guides acquièrent un statut de « personnage public »60 pour le visiteur. Les guides permettent une circulation d’informations non disponibles dans la communication touristique et invitent les touristes à y réfléchir. Les visites guidées sont des espaces-temps de révélations et de resignifications d’espaces urbains ou de détails de la ville. Lors de ces visites, le récit de la transformation socio-économique et sensible de la ville, médiatisée et publicisée par le biais du discours touristique, est remis en perspective et recontextualisé par son inscription dans l’histoire de la ville croisée à la biographie des guides. La visite guidée transforme l’expérience cognitive de la ville telle que l’avait initialement cadrée le discours touristique.

Trivialité des « formes urbaines » de la créativité

Dans la perspective ouverte par Yves Jeanneret et travaillée notamment par Sarah Labelle et Julia Bonaccorsi, cette recherche montre les modes de publicisation d’un récit sur la ville et la manière dont ils participent à produire un ordre sensible de la ville. Elle montre comment cette trame narrative, directement liée aux politiques urbaines de dynamisation des villes par les industries créatives, se trivialise.

Cette posture implique une observation attentive des formes matérielles du social et une analyse des processus de médiatisation. Elle s’appuie sur une approche de l’observable en ne négligeant pas la puissance signifiante de ce qui compose l’étrange mélange du réel et de l’imaginaire. Le travail engagé définit comme indispensable, en complément des approches macro sociales, de se pencher sur le détail des événements les plus anodins (je dirais ordinaires), les productions qui passeraient inaperçues, pour qualifier leur implication dans la fabrique contemporaine des imaginaires. L’approche du monde par la trivialité aborde les expériences culturelles par leur circulation dans l’espace social.61

Ces formes matérielles du social sont dans notre cas des publications ou des dispositifs médiatiques ainsi que des éléments de « l’esthétique de la ville » qui participent de nos expériences sensibles (des panneaux d’affichage, des affiches de concerts, mais aussi des ambiances), des attitudes. Elles sont prises plus largement dans des formes de vie identifiables, marquées par un rapport ludique à la ville et à la consommation et pour lesquelles le discours touristique donne des prises interprétatives. Le guide nous invite à les considérer comme les preuves du récit de la transformation de la ville dont nous devenons les témoins62 et les acteurs. Mais dans quel sens témoigner ?

Au fur et mesure de l’expérience touristique, la thématique centrale du discours promotionnel de la ville, son coming out créatif, prend une profondeur qui lui donne une réalité car nous pouvons voir les fameux bars et clubs du Village, voir la marque de leurs activités sur les murs couverts d’affiches, voir la présence d’événements directement liés aux industries créatives, mais, dans le même temps, l’expérience préfigure une problématisation de ce récit-cadre apologétique.

Deux éléments sont centraux dans cette « proto problématisation ». Le premier est la rencontre des guides habitants, témoins de cette transformation qu’ils diffractent, ancrent dans leurs histoires personnelles, inscrivent dans l’espace urbain et contribuent à rendre problématique pour le touriste63. Alors même que les marques de l’activité culturelle et des industries créatives tendent à recouvrir et s’inscrire au cœur même des formes les plus « historiques » de la ville (par exemple, la statue du roi Georges V sur la place devant l’Hôtel de Ville est recouverte partiellement d’une œuvre d’art in situ), que la perspective univoque sur le changement invite à une expérience déshistoricisée, l’histoire refait surface dans ce qu’elle a de plus conflictuel en Australie.

Le second réside dans la mobilité même des touristes, et dans leur compétence à reconnaître des formes de développement standardisées, qui peuvent tout aussi bien contribuer au renforcement du plaisir pris à la visite qu’à la rupture de l’enchantement si le masque devient trop visible. La police du sensible64 dans les quartiers-témoins de la créativité de la ville peut alors troubler le visiteur. Si la temporalité de l’expérience touristique empêche la problématisation publique du trouble, celui-ci peut sous certaines conditions65 être un support à la problématisation des transformations urbaines dans sa ville.

Au-delà des transformations urbaines en contexte de mondialisation néolibérale déjà bien documentées, cette recherche tend à saisir les transformations de l’expérience qui en découle et à pointer la possibilité d'une pensée critique reposant sur la compréhension du caractère normatif de ces transformations, tout en faisant apparaître les modes de problématisation ordinaires de ces questions par ceux qui les vivent.


Notes

1. Voir entre autres les débats entourant les thèses de Richard Florida. En France : Elsa Vivant, Qu’est ce que la ville créative, PUF, 2010, les travaux en socio-économie des industries culturelles développés au sein de l’OMIC, en Grande-Bretagne les travaux de Philip Schlesinger, David Hesmondalgh et au Canada de Gaëtan Tremblay.

2. Richard Florida, The rise of the Creative Class: And How it’s Transforming Work, Leisure, Community and Every Day Life, New York, Basic Books, 2002.

3. Charles Landry, Franco Bianchini, The Creative City, Londres, Demos, 1995.

4. Roger Keil, Julie-Anne Boudreau, « Le concept de la ville créative : la création réelle ou imaginaire d’une forme d’action politique dominante », Métropoles, 7, 2010, [En ligne] http://metropoles.revues.org/4172 (mis en ligne le 9 juillet 2010).

5. Brisbane Australia’s New World City est le slogan officiel de la ville de Brisbane.

6. Terence John Willsteed, « View from a bridge: What makes a musical City », in Jean Byrne (ed.), Creative Workers in Creative Cities, 5-6 May 2011, Barcelona, Spain. Texte disponible en ligne : http://eprints.qut.edu.au/31536/1/WILLSTEED_-_BARCELONA_2011_-_FINAL_FOR_WEB.pdf

7. http://creativeenterprise.com.au/

8. Sur la différence entre agents et acteurs de la transformation urbaine voir Yves Grafmeyer et Jean-Yves Authier, Sociologie urbaine, Armand Colin, 3e éd., 2011, p. 94.

9. Ibid., p. 96

10. John Urry, The Tourist Gaze, London, Sage, 1990.

11. Ibid.

12. Saskia Cousin, « The Nation State as an Identifying Image. Traditions at Stakes in Tourism Policy, Touraine, France », Tourist Studies, 8(2), 2008, p. 193-209.

13. Les sites du Routard et de Trip advisor ont été écartés du corpus : les éléments disponibles sur ces sites ont été jugés peu pertinents, les échanges sur leurs forums, pendant la période de l’enquête, ne concernaient que des recommandations sur les endroits où dormir à moindre coût et sur les locations de voitures.

14. Titre de l’article consacré à Brisbane dans le magazine Qantas, Plb Médias ed., juillet 2010, p. 47.

15. Sur la notion d’ambiance urbaine, voir Jean-Paul Thibaud, « Une approche pragmatique des ambiances urbaines », in Pascal Amphoux, Grégoire Chelkoff, Jean-Paul Thibaud, Ambiances en débats, Éditions À la Croisée, 2004, p. 145-158.

16. Les images du pont de Brooklyn participent également à une symbolique du possible, le franchissement du pont est une promesse de réussite dans l’iconographie et la filmographie new-yorkaises.

17. Joseph Isaac, « Urbanité et ethnicité », Terrain, 3, 1984, p. 20-31.

18. Robert Park, « La ville comme laboratoire social », L’École de Chicago. Naissance de l’écologie urbaine, traduction et présentation par Yves Grafmeyer et Isaac Joseph, Flammarion, Paris, [1979] 2004, p. 167-180. Dans le travail de Park, les distances morales sont liées à l’écologie de la ville et à la manière dont la division du travail, le regroupement des communautés ethniques, la dynamique « naturelle » du développement urbain instaurent des « formes de vie » par quartier : certains sont marqués par la vie de famille, d’autres par la vie bohème, etc …

19. Nous avons choisi de développer l’analyse du clip qui représente : 1. la forme la plus transnationale de communication touristique disponible, 2. la forme la plus proche des formes constitutives de l’expérience sensible mobile, 3. l’articulation entre les industries créatives locales (société de production TV, industrie de la musique) et les acteurs de la communication touristique dont elles sont le produit.

20. Par exemple pour The Valley : Live, Loud, Proud, The West End : Left of center, The Gabba village : The renaissance precint, Bullimba and Hawthorne : Your leisure.

21. Sonia Lavadinho et Yves Winkin, « Comment “ludifier” nos villes ? », Urbanisme, 366, 2009, p. 82-86.

22. Comme le montrent diverses études sur le tourisme urbain ; voir sur ce point la synthèse de Maria Gravari Barbas, « Le touriste co-opérateur de la créativité urbaine », Revue d’Urbanisme, 373, 2010, p. 68-71.

23. Ces verbes d’actions accompagnent l’un des clips génériques sur la ville.

24. Idem.

25. La communication touristique met en scène la proximité entre les touristes urbains et les classes créatives de Florida développées dans certaines recherches sur le tourisme urbain ; voir par ex. : Robert Maitland, « Tourists, the Creative Class and Distinctive Areas in Major Cities: The Roles of Visitors and Residents in Developing New Tourism Areas », in Greg Richards et Julie Wilson (ed.), Tourism, Creativity and Development, Routledge, 2007.

26. Ibid., p. 295.

27. Qantas, le magazine de la compagnie aérienne, note par exemple que la ville était surnommée Brisvegas ou Brisneyland, et que son économie touristique était basée sur le seul divertissement.

28. The guide to Brisbane, Brisbane Marketing ed., collecté en juillet 2010, citation de la première phrase de l’éditorial.

29. Philip Schlesinger, « Expertise, politiques publiques et économie créative : le cas britannique », Actes de la recherche en sciences sociales, 193, 2012, p. 82-97.

30. David Hesmondhalgh, Sarah Baker, Creative Labour, Abingdon and New York, Routledge, 2011.

31. Philippe Bouquillion et Jean-Baptiste Lecorf, « Les industries créatives dans les rapports officiels européens », rapport pour le Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture et de la Communication, avril 2010, 30 p. Sarah Labelle, Claire Oger, « Les institutions culturelles publiques à l’épreuve de la gouvernance : communication et reconfiguration du politique », communication au congrès de la Société québécoise de science politique, Québec, 20 et 21 mai 2010, atelier « La communication des institutions de pouvoir », organisé par Philippe Aldrin, Alain Deneault, Nicolas Hubé.

32. Catherine Kerbrat Orechioni, « Suivez le guide ! Les modalités de l’invitation au voyage dans les guides touristiques : l’exemple de l’“île d’Aphrodite” », in Fabienne Baider, Marcel Burger, Dionysis Goutsos (éd.), La communication touristique, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 133-150.

33. Richard Amirou, L’imaginaire du tourisme culturel, Paris, PUF, 2000.

34. Emmanuel Paris et Armelle Paris, « Développement culturel, développement durable : la domination de la classe créative naturalisée », in Laurent-Sébastien Fournier, Catherine Bernié-Boissard, Claude Chastagner et Dominique Crozat (dir.), Développement culturel et territoires, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 209-218.

35. Georges Simmel, « Digression sur l’étranger » [1908], in Yves Grafmeyer et Isaac Joseph, L’École de Chicago, Paris, éd. du Champ urbain, 1990, p. 53-60.

36. Joseph Isaac, « Urbanité et ethnicité », Terrain, 3, 1984, p. 20-31.

37. Sonia Lavadinho, Yves Winkin, « Comment “ludifier” nos villes ? », art. cit.

38. Georges Amar, « Pour une écologie urbaine des transports », Les Annales de la recherche urbaine, 59-60, 1993, p. 140-157, cité par Émilie Flon, « De la mise en scène à la fiction touristique : la médiation du voyage urbain sur la ligne de métro Xinbeitou à Taipei », Espaces et sociétés, 151, 2012, p. 85-101.

39. À Brisbane, c’est la filiale australienne de Clear Channel qui a en charge la communication outdoor de la ville. Trois sociétés se partagent le marché mondial de la communication outdoor, Clear Channel, CBS outdoor et Decaux ; ces sociétés déploient le même type de stratégies allant jusqu’à financer les événements culturels.

40. Emmanuël Souchier, « L’image du texte. Pour une théorie de l’énonciation éditoriale », Les Cahiers de médiologie, 6, décembre 1998, p. 137–145.

41. Kevin Lynch, The image of the city, MIT, Massachusetts, 1960 ; par ailleurs, Lynch fait de la lisibilité de l’espace urbain une qualité.

42. Ibid.

43. Isaac Joseph, cité par Marc Breviglieri et Joan Stavo-Debauge, « L’hypertrophie de l’œil. Pour une anthropologie du “passant singulier qui s’aventure à découvert” », in Daniel Cefaï, Carole Saturno (éd.), Itinéraire d’un pragmatiste. Autour d’Isaac Joseph, Paris, Economica, 2007.

44. James Gibson, The visual approach to visual perception, Boston, Houghton Miflin, 1979.

45. Stéphane Tonnelat, « La dimension sensible des problèmes publics », in Daniel Cefaï, Cedric Terzi (éd.) Raisons Pratiques, 22, « L’expérience des problèmes publics », Paris, EHESS, 2012, p. 182.

46. Michel De Certeau, L’invention du quotidien, 1 : arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. 145.

47. Paul J. Cloke et Harvey C. Perkins, « “Cracking the Canyon with the Awesome Foursome”, Representations of Adventure Tourism in New Zealand”, Environment and Planning (D), Society and Space, 16(2), 1998, p. 185- 218.

48. Tim Edensor, « Performing tourism, staging Tourism, (Re)producing tourist space and practice », Tourist Studies, 1, 2001, p. 59-81.

49. Jacques Rancière, Le partage du sensible, La Fabrique, 2000.

50. Maria Gravari-Barbas, La ville festive. Espaces, expressions, acteurs, mémoire d’habilitation à diriger des recherches, 2000, université d’Angers.

51. Maria Gravari-Barbas, « La ville à l’ère de la globalisation des loisirs », Espaces, 234, 2006, p. 48-56.

52. Voir Daniel Cefaï, Cédric Terzi, Raisons Pratiques, 22, op. cit., p. 23

53. Greg Richards, Julie Wilson, Tourism, Creativity and Development, Routledge, 2007.

54. Saskia Sassen, The Global city: New York, London, Tokyo, Princeton University press, 1991, réédité en 2001 (traduit en français en 1996 aux éditions La Découverte).

55. Cliford Geertz, Savoir local, savoir global, les lieux du savoir, trad. D. Paulme, Paris, PUF, 2002.

56. Lorenza Mondada, Décrire la ville, Paris, Anthropos, 2000, p. 98.

57. Ibid., p. 100.

58. Ibid.

59. Émilie Da Lage, Michèle Gellereau, « Valoriser l’interprétation du patrimoine par les habitants », in Pascal Sanson (dir.), Les arts de la ville dans le projet urbain, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2011, p. 301-313.

60. Jane Jacobs, The Death and Life of American Great Cities, New York, Random House, 1961.

61. Sarah Labelle, « Le spectacle “La cathédrale, de Monet aux pixels” : réécriture monumentale d’un espace public », Études de communication, 31, 2008, p. 60.

62. Renaud Dulong, Le témoin oculaire, les conditions sociales de l’attestation personnelle, Paris, EHESS, 2008.

63. Le remplacement des médiations humaines par des médiations techniques et médiatiques pose de fait la question de la disparition de cette possibilité pour les touristes et du renforcement du « cadrage » de l’expérience par les services marketing des villes.

64. Jacques Rancière, Le partage du sensible, esthétique et politique, La Fabrique, Paris, 2000.

65. Sheldon Messinger, Robert Emerson, « Micro-politique du trouble », in Daniel Cefaï, Cédric Terzi, Raisons Pratiques, 22, op. cit., p. 51-80. Dans ce cas, le touriste peut être appelé à « témoigner » de ce qu’il a vu et sa parole, en fonction de son cadre de publicisation, prendre le poids de la parole instituante décrite par Dulong, Le témoin oculaire, op. cit.