Enfance

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Enfance (2009), 2009:223-239 NecPlus
Copyright © Nec Plus / Association scientifique Henri Wallon 2009
doi:10.4074/S0013754509002055

Research Article

Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire


Youssef Tazoutia1, Emilien Prévota1 and Matthieu Constanta1

a1 SITCOM (Interpsy), Nancy Universités, IUFM de Lorraine, 5, rue Paul Richard, e-mail : Tazouti@univ-nancy2.fr
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Résumé

Cet article propose une évaluation de l’environnement familial par la version en langue française du HOME préscolaire (Home Observation for Measurement of Environment) élaborée par Palacio-Quintin et Lavoie (1986). L’étude porte sur 58 familles françaises et leur enfant scolarisé en grande section de maternelle. Les liens entre le score au HOME, l’appartenance socio-économique et le développement cognitif des enfants (mesuré par les matrices progressives de Raven et une épreuve verbale du WPPSI) sont discutés. Nos résultats corroborent ceux des recherches antérieures. Les nombreuses difficultés méthodologiques inhérentes à l’instrument sont détaillées.

Abstract

This study proposes a measure of the family environment by the French version of the Early Childhood HOME (Home Observation for Measurement of Environment) developed by Palacio-Quintin and Lavoie (1986). It concerns 58 French families and their children in the final year of kindergarten. The relationship between HOME score, socioeconomic status and cognitive development (as measured by the Raven Progressive Matrices and a verbal test of WPPSI) are discussed. Our results corroborate those of the main researches in the field. The many methodological difficulties related to the use of the instrument are detailed.

Mots clés :home préscolaire; environnement familial; développement intellectuel

Key-words:early childhood home; family environment; intellectual development


List of Figures and Tables

Figure 1

Figure 1 Représentation des items du HOME suivant les dimensions 1 et 2 de l’EMD.

Tableau I

Tableau I Analyse d’items et statistiques descriptives des échelles du HOME.

Tableau II

Tableau II Matrice de corrélation entre les différentes variables de l’étude.

Tableau III

Tableau III Impact des variables de l’étude sur les performances intellectuelles.

Annexe I

Annexe I Statistiques descriptives des items du HOME préscolaire.


Introduction

De nombreuses études montrent que l’environnement physique et social dans lequel se trouve l’enfant a un impact sur son développement cognitif (e.g. Bradley, Corwyn, McAdoo, & Coll, 2001, Palacio-Quintin, 1995). Les premières études portant sur l’environnement familial se contentaient d’établir des relations entre les variables socio-économiques des familles et les caractéristiques de l’enfant. Par la suite, les travaux de « l’École de Chicago » (e.g. Bloom, 1964) se sont développés dans le souci de dépasser ce constat en introduisant les caractéristiques culturelles et éducatives de l’environnement familial comme des variables intermédiaires entre le statut social de la famille et les caractéristiques cognitives et conatives de l’enfant (Marjoribanks, 1979, 2003). En effet, l’environnement familial renvoie à des réalités différentes et donc à un agrégat de variables, notamment les pratiques éducatives familiales qui se manifestent à la fois en termes de stimulations matérielles et de stimulations sociales offertes à l’enfant.

Plusieurs instruments ont été élaborés pour évaluer aussi bien la quantité que la qualité des stimulations et des appuis disponibles pour un enfant dans son environnement physique et social. Le HOME (Home Observation for Measurement of Environment) élaboré par Bradley et Caldwell (1976) est l’un des instruments les plus utilisés. Cet outil a le mérite de combiner l’observation des interactions mère-enfant effectuée au domicile familial et des informations recueillies en questionnant la mère. Il existe actuellement quatre variantes du HOME dans sa version anglaise : la version 0-3 ans (Infant-Toddler), la version 3-6 ans (Early Childhood), la version 6-10 ans (Middle-Childhood) et la version 10-14 ans (Early Adolescent). La seule version en langue française disponible est le HOME préscolaire adapté par Palacio-Quintin et Lavoie (1986). Celle-ci s’est déjà vue allégée, par rapport à la version anglophone, de certains items jugés non suffisamment discriminatifs vis-à-vis de la situation économique du foyer et peu reliés au développement de l’enfant. Cette version du HOME ne comporte que 32 items (la version originale en comporte 55 items), répartis dans six échelles : 1. Stimulations à travers les jeux, les jouets et le matériel de lecture (9 items) ; 2. Stimulations langagières (4 items) ; 3. Amour, affection, chaleur (7 items) ; 4. Stimulations pour les apprentissages académiques (4 items) ; 5. Modèle d’encouragement à une maturité sociale (3 items) ; et 6. Variété dans les stimulations (5 items). La cotation dichotomique initiale des items a été remplacée par une échelle Likert en 6 points.

La majorité des études utilisant le HOME révèle un lien entre cet instrument et l’appartenance sociale des familles (e.g. Brooks-Gunn, Klebanov, & Liaw, 1995 ; Zill, Moor, Smith, Stief, & Coiro, 1995). En effet, plus le niveau socio-économique des familles est élevé meilleur est le score au HOME. De même, plus le score au HOME est élevé meilleur est le développement cognitif de l’enfant (Bradley & Caldwell, 2001 ; Palacio-Quintin & Jourdan-Ionescu, 1991). C’est ainsi que Bradley et al., (1989) montrent à travers une étude longitudinale que le niveau socio-économique et l’environnement familial commencent à jouer un rôle dans le développement intellectuel dès les premiers mois de la vie. L’écart de développement intellectuel entre des enfants de milieux sociaux différents s’établit progressivement par un effet cumulatif. De même, Terrisse, Roberts, Palacio-Quintin et MacDonald (1998) trouvent une corrélation de 0,72 (p < 0,01) entre le HOME préscolaire et le DMIP (Development and Maturity Inventory for Preschool children) qui est un inventaire de développement moteur, social, langagier et cognitif des enfants jusqu’à 6 ans. Ils mettent ainsi en avant le fait que les variables proximales mesurées par le HOME sont plus prédictives du développement de l’enfant que les variables distales liées au statut socio-économique.

Les études citées ci-dessus soulignent un des points forts du HOME, à savoir son caractère prédictif du développement intellectuel. En effet, l’instrument mesure bien quelques dimensions du milieu familial qui favorisent le développement cognitif de l’enfant. De ce fait, dans une approche écosystémique, le HOME s’avère être un instrument permettant de repérer les enfants souffrant de carences éducatives et de permettre des interventions dans le cadre des programmes d’éducation familiale visant essentiellement l’amélioration des relations parent-enfant et de favoriser le développement cognitif de l’enfant (Totsika & Sylva, 2004). Le Home est également utile dans la pratique clinique auprès d’enfants ayant des problèmes de santé ou des troubles neurologiques. Il permet de cerner les domaines de l’environnement familial sur lesquels il est possible d’agir afin d’éviter d’accroître le risque de retard cognitif (Holditch-Davis, Tesh, Goldman, Miles, & Auria, 2000). Le HOME a donné lieu également à de nombreuses études et comparaisons interculturelles (e.g. Williams et al., 2003 ; Burston, Puckering, & Kearney, 2005).

Si le HOME a été beaucoup utilisé dans le contexte anglophone, les études en langue française sont peu nombreuses. L’article de Palacio-Quintin et Jourdan-Ionescu de 1991 publié dans la revue Enfance, constitue la seule référence dont nous disposons. Ainsi, notre travail se fixe deux objectifs. Le premier consiste à mesurer l’environnement familial à l’aide du HOME préscolaire sur un échantillon français. Le second objectif réside dans la validation de l’instrument comme mesurant une variable intermédiaire entre l’appartenance sociale des familles et le développement intellectuel de l’enfant.

Méthode

Participants

L’étude a porté sur 58 familles ayant un enfant scolarisé en grande section d’école maternelle. L’échantillon est constitué de 31 filles et de 27 garçons âgés en moyenne de 5 ans et 9 mois (l’écart type est de 5 mois) au moment de la passation. Les familles ont été recrutées par le biais des écoles maternelles sur la base du volontariat. Même si les familles ont été volontaires, nous avons veillé à obtenir une hétérogénéité socio-économique. Ainsi, 39 % des mères de notre échantillon sont de PCS défavorisées ; 37 % sont de PCS moyennes et 24 % sont de PCS favorisées.

Instruments de mesure

Mesure de l’appartenance sociale

L’appartenance sociale des familles a été opérationnalisée par le calcul d’un indice économico-culturel agrégeant quatre indicateurs : 1. le niveau d’instruction de la mère ; 2. le niveau d’instruction du père ; 3. les revenus du ménage ; et 4. l’espace disponible dans le logement, à savoir le nombre de pièces du logement divisé par le nombre de personnes habitant le logement. Les corrélations significatives entre les quatre indicateurs justifient leur regroupement (les corrélations varient entre 0,25 et 0,47 toutes significatives, p < 0,05). L’indicateur économico-culturel présente une moyenne de 3,04 et un écart type de 0,58 ce qui témoigne d’une variabilité suffisante de cet indice pour notre échantillon.

Mesure des performances intellectuelles des enfants

Pour mesurer les performances intellectuelles des enfants, nous avons utilisé deux épreuves : la première non verbale (Matrices Progressives de Raven : Raven, Court & Raven, 1998) et la seconde verbale (épreuve de vocabulaire du WPPSI-R : Wechsler, 1995). Ces deux épreuves ont l’avantage d’être bien adaptées à l’âge des enfants, d’être bien connues et leur administration individuelle demande moins de trente minutes ce qui permet de maintenir suffisamment l’attention des enfants.

Mesure de l’environnement familial

Pour mesurer l’environnement familial, nous avons utilisé la version en langue française du HOME préscolaire réalisée par Palacio-Quintin et Jourdan-Ionescu (1986). Cette version comprend 32 items, répartis dans six échelles (cf. Annexe I). La cotation des items se fait à partir d’une échelle Likert en 6 points correspondant à une gradation des stimulations de l’environnement familial. Ainsi, l’attribution du score 0 correspond à l’absence totale de stimulation, tandis que le score 5 traduit son niveau le plus élevé.

Déroulement

Après un contact téléphonique avec les parents, deux interviewers entraînés se rendaient au foyer familial pour mesurer l’environnement familial par le HOME. Au cours de cette visite (90 minutes en moyenne), les deux interviewers cotaient séparément l’ensemble de l’échelle. Ils mettaient ensuite en commun leurs cotations. Ensuite, un des expérimentateurs administrait les épreuves de performances intellectuelles à l’enfant.

Résultats

Caractéristiques descriptives des items du HOME

Le tableau de l’annexe I montre tout d’abord que les réponses aux questions du HOME ne se distribuent pas normalement par rapport aux différentes modalités des items. En effet, 20 des 32 items voient leurs réponses polarisées sur les modalités 4 et 5. À titre d’exemple, 75,9 % des familles ont obtenu 5 points à l’item 5 (« présence de livres d’enfants ») tout comme à l’item 30 (« l’enfant a été amené en voyage »). En revanche, pour l’item 7 (« La famille achète un journal et le lit ») 51,7 % des réponses correspondent à la modalité 0. Cette polarisation des réponses sur les valeurs hautes de l’échelle de cotation se traduit par de fortes moyennes aux différents items. En dépit de l’étendue des moyennes variant entre 1,40 (pour l’item 7) et 4,57 (pour l’item 5), la moyenne globale demeure assez élevée (3,62). Seuls quelques items présentent une distribution symétrique, comme l’item 11 (« l’enfant est encouragé à apprendre l’alphabet ») ou l’item 21 (« l’enfant est encouragé à apprendre des modèles de discours »).

Analyses des items du HOME

Trois sous-échelles du HOME : Stimulations à travers les jeux ; Amour affection chaleur et Stimulations pour les apprentissages académiques présentent des coefficients de consistance interne (alpha de Cronbach) satisfaisants (cf. tableau 1). En revanche, les trois autres sous-échelles ont des coefficients faibles. L’ensemble de l’échelle présente un coefficient de consistance interne de 0,85. En ce qui concerne les distributions des moyennes des différentes échelles, on remarque que l’échelle Variété dans les stimulations présente la moyenne la plus élevée (4,05). En revanche, l’échelle Stimulation pour les apprentissages académiques présente la moyenne la plus faible (2,97).

Tableau I

Analyse d’items et statistiques descriptives des échelles du HOME.

Tableau I

Échelonnement multidimensionnel

Un échelonnement multidimensionnel (EMD) des items a été effectué. L’objectif de l’EMD est de représenter des données dans un espace d’un nombre restreint de dimensions à partir d’un ensemble de données ayant un sens de proximité entre items (similarités, corrélations, etc.). Les modèles EMD sont des modèles de représentation spatiale. Ils ont l’avantage de ne pas requérir des échantillons conséquents contrairement aux analyses factorielles (Tournois & Dickes, 1993). Pour notre recherche, le coefficient de similarité choisi est celui de corrélation. Nous avons retenu la solution en quatre dimensions car elle présente des indices d’adéquation satisfaisant (coefficient de stress = 0,12 et RSQ = 0,82). La configuration des items en fonction des dimensions 1 et 2 (figure 1) permet de retrouver quelques échelles du HOME : 1. Stimulations à travers les jeux, les jouets et les activités ludiques (12 items) ; 2. Stimulations affectives (8 items) ; 3. Stimulations pour les apprentissages académiques (7 items) ; et 4. Variété dans les stimulations (5 items). Les coefficients alpha de Cronbach des quatre dimensions sont respectivement 0,83 ; 0,54 ; 0,79 et 0,56. Ce résultat témoigne d’une amélioration sensible des qualités métriques des quatre dimensions par rapport aux échelles du HOME.

Figure 1Figure 1
Figure 1 Représentation des items du HOME suivant les dimensions 1 et 2 de l’EMD.
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Études corrélationnelles et régression multiple

Le tableau 2 présente les corrélations entre les variables de l’étude. Nous constatons que le score global au HOME est lié significativement aux autres variables de l’étude. En effet, il présente une corrélation de 0,63 (p < 0,01) avec l’indice économico-culturel. Ainsi, les familles des milieux favorisés offrent quantitativement et qualitativement plus de stimulations aux enfants (interactions langagières, présence de jouets et jeux à caractère éducatif, activités familiales autour du livre et autour des apprentissages premiers…). Des corrélations s’observent également entre le score global au HOME, le score à l’épreuve verbale du WPPSI (0,30 ; p < 0,05) ainsi qu’aux matrices de Raven (0,40 ; p < 0,01). On note également que l’indice économico-culturel est corrélé significativement avec les scores à l’épreuve verbale et aux matrices de Raven (respectivement 0,45 et 0,47 ; p < 0,01) et que le score global au HOME est corrélé aux scores aux différentes échelles. Pour des analyses plus fines, nous avons réalisé (annexe I) une étude corrélationnelle entre les différents items du HOME, l’indice économico-culturel, le score à l’épreuve verbale du WPPSI et le score aux matrices de Raven. On constate que six items (1, 3, 4, 8, 17 et 28) présentent des corrélations significatives avec les trois variables dépendantes.

Tableau II

Matrice de corrélation entre les différentes variables de l’étude.

Tableau II

*: p < 0,05 ; **: p < 0,01


Deux modèles de régression multiple ont été estimés pour apprécier l’impact des différentes variables de l’étude sur la variation du score au Matrices de Raven et à l’épreuve de vocabulaire du WPPSI. Les résultats montrent que les parts de variance expliquée sont respectivement de 26,4 % et 22,4 %. Toutes choses égales par ailleurs, les variables Sexe, Age et Score au HOME n’ont pas d’impact significatif sur les performances intellectuelles. Seule la variable indice socio-économique a un impact significatif sur les scores.

Tableau III

Impact des variables de l’étude sur les performances intellectuelles.

Tableau III

* =  p < 0,05 ; ** = p < 0,01


Discussion et Conclusion

Un des objectifs de la présente étude était d’évaluer l’environnement familial à l’aide de la version en langue française du HOME préscolaire. Ce type de travail n’a jamais été réalisé auparavant sur un échantillon Français. De ce fait, les conclusions de notre recherche ne valent que pour cette version du HOME, car rappelons que l’instrument existe en quatre versions et fondamentalement en langue anglaise. Ainsi, dans un premier temps, nous rappellerons les intérêts de l’instrument. Dans un deuxième temps, nous discuterons de ses limites. En dernier, nous évoquerons quelques pistes d’amélioration de la version du HOME étudiée ici.

Les études portant sur le HOME en tant qu’outil d’évaluation de l’environnement familial montrent qu’il présente un certain nombre d’intérêts. Tout d’abord, l’instrument a le mérite d’évaluer l’environnement familial dans sa globalité et dans un contexte écologique en prenant en compte à la fois la quantité et la qualité des stimulations offertes à l’enfant. Les mesures environnementales s’effectuent en combinant deux méthodologies différentes : l’observation et l’entretien directif. Ensuite, le HOME, contrairement à d’autres instruments de mesure de l’environnement familial, est issu d’un cadre théorique établi par l’École de Chicago (e.g. Bloom, 1964). Enfin, le HOME présente des corrélations fortes avec l’appartenance sociale et le développement intellectuel des enfants.

Dans notre travail, le HOME présente une forte corrélation avec l’appartenance sociale des familles. Ce résultat corrobore ceux trouvés dans la littérature (Bradley, Corwyn, McAdoo & Coll, 2001 ; Bradley et al., 1989). En revanche, même si les corrélations avec les épreuves de performances intellectuelles sont significatives, elles demeurent modérées par rapport à celles rapportées par d’autres études (Bradley & Caldwell, 2001 ; Palacio-Quintin & Jourdan-Ionescu, 1991, Terrisse et al. 1998). Les modèles de régression que nous avons réalisés indiquent toutes choses égales par ailleurs que le score au HOME n’ajoute pas grand-chose à l’explication fournie par le milieu social.

La version en langue française du HOME préscolaire présente aussi un certain nombre de limites. La première concerne le contenu des items qui ne correspond pas parfois à l’intitulé de l’échelle. C’est ainsi que l’item 11 « l’enfant est encouragé à apprendre l’alphabet » qui se trouve dans l’échelle 2 (Stimulations langagières) peut être rattaché à l’échelle 4 (Stimulations pour les apprentissages académiques). L’item 7 « la famille achète quotidiennement un journal et le lit » ainsi que l’item 8 « la famille est abonnée à au moins un magazine » qui sont intégrés à l’échelle 1 (Stimulations à travers les jeux) ont un contenu qui ne correspond pas à l’intitulé de l’échelle. En ce qui concerne, l’item 9 « l’enfant est encouragé à apprendre les formes » situé dans l’échelle 1 (Stimulations à travers les jeux, les jouets et le matériel de lecture) trouverait sa place dans l’échelle 4 (Stimulations pour les apprentissages académiques). Enfin, l’item 10 « jouets pour apprendre les animaux » qui se trouve dans l’échelle 2 (Stimulations langagières) pourrait quant à lui intégrer l’échelle 1 (Stimulations à travers les jeux, les jouets et le matériel de lecture). On peut donc légitimement envisager un autre regroupement des items. L’échelonnement multidimensionnel que nous avons réalisé indique qu’une autre structuration de l’outil est possible. De même, les analyses factorielles ou les analyses en composantes principales effectuées sur les différentes versions du HOME ne présentent pas une grande stabilité dans la structure et fournissent des résultats différents (Bradley, Mundfrom, Whiteside, Casey & Barrett 1994).

Une deuxième limite concerne la méthode de cotation choisie par les auteurs. En effet, le passage d’une échelle dichotomique à une échelle Likert ne semble pas toujours justifié. La cotation en six points s’avère non-adaptée pour certains items dont les modalités 0 ou 1 n’ont jamais été utilisées (e.g. les items 3, 4 et 12 du tableau de l’annexe I). En revanche, pour d’autres items une meilleure répartition de certaines modalités ainsi que des précisions concernant leur formulation semblent indispensables.

Au final, la présente étude a mis en évidence quelques faiblesses de la version en langue française du HOME préscolaire. Une révision de cette version de l’instrument semble nécessaire. Elle devrait concerner le contenu des items ainsi que leur cotation. De même, l’affectation des items aux différentes échelles devrait se baser sur des analyses structurales rigoureuses. Une autre faiblesse, qui ne concerne pas spécifiquement le HOME mais les nombreux instruments de mesure de l’environnement familial, consiste en leur incapacité à nous fournir des informations concernant les mécanismes par lesquels l’environnement familial influence le développement cognitif de l’enfant (Palacio-Quintin, 1995). En effet, la majorité des items du HOME sont des indicateurs de présence des stimulations dans l’environnement familial et non pas des indicateurs de fonctionnement familial. En effet, via le HOME, nous avons des informations concernant la présence ou l’absence de jouets et de livres dans la famille, mais nous n’avons aucune indication sur la manière dont les parents utilisent les livres ou les jouets lors des interactions avec l’enfant, ce constat a été souligné par un certain nombre d’auteurs (e.g. Pécheux, 1990).

Le HOME demeure intéressant comme instrument d’étude de l’environnement familial à visée descriptive. Cette approche peut être complémentaire d’une visée compréhensive telle que les travaux sur la niche du développement. L’utilisation de l’outil permet d’autres avantages comme travailler sur des grands échantillons, effectuer des comparaisons temporelles et interculturelles.


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Annexe I

Statistiques descriptives des items du HOME préscolaire.

Annexe IAnnexe IAnnexe IAnnexe IAnnexe I

*: p < 0.05 ; **: p < 0.01