Communication & langages

Cambridge Journals Online - CUP Full-Text Page

Communication & langages (2010), 2010:85-87 NecPlus
Copyright © Nec Plus 2010
doi:10.4074/S0336150010011075

Dossier : Circulation médiatique des savoirs et développement socioéconomique des territoires en Afrique

Circulation médiatique des savoirs et développement socioéconomique des territoires en Afrique


Brigitte Juanals

Article author query
juanals b [Google Scholar]

Michel Arnaud est professeur à l’Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, directeur du laboratoire CRIS (Centre de recherche en information spécialisée et médiation des savoirs, EA 1738) et chargé de mission ENT pour Paris-Ouest. Publications récentes : 2009, « Authentification, identification et tiers de confiance », in M. Arnaud et L. Merzeau (dir.) « Traçabilité et réseaux », Hermès, 53 ; 2008, « L’information sur l’information, enjeu stratégique de la construction des savoirs à l’échelle mondiale », Distances et Savoirs. Internationalisation des programmes et services de formation à distance, vol 6, n1.

Brigitte Juanals est maître de conférences habilitée à diriger des recherches en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Ses recherches portent sur la circulation médiatique des savoirs dans les sociétés contemporaines et les enjeux sociaux qui y sont liés. La question développée est celle du rôle que jouent les technologies et les médias dans l’évolution actuelle des modes d’information et de savoir. Ses travaux ont été publiés dans diverses revues et ouvrages scientifiques.

Footnotes

coordonné par MICHEL ARNAUD


Le dossier que nous présentons aborde la question du développement socioéconomique des territoires en interaction avec les usages des technologies de l’information et de la communication (TIC). Il pose la question du rôle joué par les technologies et les médias dans la circulation des informations et des savoirs dans des contextes locaux en Afrique. L’hypothèse avancée est que l’échange des savoirs entre les personnes constitue un facteur potentiel de développement culturel, cognitif et économique des territoires, qu’il conviendrait d’exploiter davantage. Elle ouvre la perspective d’une société de la connaissance, envisagée comme un horizon sociopolitique à construire.

Les questionnements liés au développement des territoires via les TIC suscitent beaucoup d’espoir quant à l’émergence de modèles politiques ou économiques alternatifs qui seraient davantage ancrés dans les réalités contextuelles et les besoins des populations. Les problèmes du développement numérique sont majoritairement posés selon des aspects économiques et technologiques en lien avec des préoccupations sociales. Sur le plan local, les enjeux portent sur la réduction de la fracture numérique et le développement des entreprises. L’intervention des pouvoirs publics se combine désormais à l’action des associations et de la « société civile » en vue d’améliorer l’aménagement numérique et les services au public. Les efforts pour réduire la fracture numérique sont fréquemment envisagés selon des aspects géographique et technique (zones denses et « zones blanches » non connectées), économique (tarifs d’abonnement aux divers services offerts par les TIC), voire générationnel, mais plus rarement social et culturel.

Ce sont précisément les aspects liés à la circulation et à l’échange des savoirs contextualisés, faisant apparaître l’importance d’une médiation à la fois humaine et technique, que nous souhaitons développer dans une perspective socioculturelle. En particulier, le processus d’appropriation d’information comme celui de régulation des contacts dans les réseaux sociaux implique un ensemble de savoirs et de savoir-faire1. Selon le degré d’éloignement des publics du seuil de compétences indispensables, le rôle de la médiation est plus ou moins nécessaire2. En Afrique, dans le cas spécifique de populations analphabètes, il apparaît que le rôle du médiateur est central3.

Inscrit dans le champ des Sciences de l’information et de la communication (SIC), ce dossier porte l’attention sur la diffusion d’informations via des technologies et les médias au sein de la population. Il aborde la circulation médiatique des savoirs par la matérialité des dispositifs sociotechniques et par les actions mises en œuvre dans des contextes socioculturels locaux. Il nous paraît essentiel de relier la circulation des savoirs par les TIC à des situations de développement socioéconomique des territoires et à la diversité des acteurs (des collectivités territoriales, des opérateurs privés, des associations, des communautés d’usagers…). Notre objet d’étude ne porte pas sur des politiques publiques globales mises en œuvre sur les territoires ou sur la « e-administration » ; nous nous intéressons davantage aux pratiques observées de la téléphonie mobile, de l’informatique ou de l’Internet dans la population. Les usages sont étudiés dans leurs aspects de créativité qui ouvrent vers des pratiques innovantes à partir de projets collectifs. Dans quels contextes et selon quelles modalités les TIC peuvent-elles contribuer, à une échelle locale, à favoriser le développement économique, l’éducation ou l’échange social ?

En nous appuyant sur la notion de bien commun dans l’espace public, nous faisons appel à un bien commun vécu qui repose sur l’échange social contextualisé. Ceci implique une revalorisation des échanges d’informations et de savoirs entre des acteurs locaux, ces derniers étant amenés, par la création d’une plus-value partagée, à jouer un rôle culturel ou économique. Une telle perspective remet en cause le modèle proposé par la Banque mondiale4 qui repose sur la diffusion des connaissances détenues par des experts et des pays développés en direction des populations locales dans les pays en voie de développement. Selon une perspective différente, notre projet est d’évoluer d’un modèle de la diffusion vers celui de la circulation horizontale des savoirs prise en charge par des acteurs locaux.

C’est le propos de l’article proposé par Michel Arnaud et Brigitte Juanals, qui aborde des micro-projets de développement socioéconomique appuyés sur la circulation médiatique des savoirs dans des dimensions conjointement théoriques et opératoires. Ils consistent en la conception et la réalisation de systèmes sociotechniques dans l’espace public, appelés « agencements informationnels d’interface politique », menés selon une démarche d’innovation par l’ingénierie sociale et la médiation socio-technique. Dans la même direction, en s’intéressant au développement rural en Afrique, Éric Pasquati souligne l’importance d’un regard socioculturel sur l’appropriation des TIC dans des contextes locaux afin de se dégager d’un point de vue techniciste encore trop souvent présent. Dans un effort de décentration, il attire particulièrement l’attention sur les points de vue des chercheurs africains. Enfin, selon une perspective plus vaste, Alain Kiyindou élargit le débat en proposant une conception du développement comme amélioration des capacités de l’homme ou des conditions sociales, économiques, politiques, culturelles, dans laquelle il pose la question du rôle et des usages des TIC dans le changement social.


Notes

1. Leener, Philippe de, Ndione, Emmanuel, Périer, Jean-Pierre, Jacolin, Pierre et Ndiaye, Mamadou, 1999, Pauvreté, décentralisation et changement social, Enda Graf Sahel, Dakar [Google Scholar].

2. Traoré, Aminata D. 2005, « Accès, être et paraître. La connectivité : vrais et faux défis en Afrique », in Djilali, Benamrame et al. (dir.), Les télécommunications, entre bien public et marchandise, pp. 191-192 [OpenURL Query Data]  [Google Scholar].

3. Blanchard, Jean-Marie, 2004, « Une dynamique de développement local basé sur les TIC ? », Société numérique et développement en Afrique : usages et politiques publiques, Gemdev et Karthala, pp. 255-292 [Google Scholar].

4. Banque, mondiale, Perspectives économiques mondiales, 2009. Washington, DC : Banque mondiale [Google Scholar]. En ligne (consultation octobre 2009). http://go.worldbank.org/0IYK8RX1U0