Communication & langages

Cambridge Journals Online - CUP Full-Text Page

Communication & langages (2011), 2011:43-45 NecPlus
Copyright © Nec Plus 2011
doi:10.4074/S0336150011014037

Dossier: L’indépendance éditoriale : approches internationales

L’indépendance éditoriale : approches internationales


Bertrand Legendre

Article author query
legendre b [Google Scholar]

Abstract

“Independence” in the publishing world is no longer the burning issue it used to be at the start of the 2000s, when Vivendi Universal Publishing was broken up. Far from becoming irrelevant, however, this issue has remained important, if only on account of the digital developments that have propelled it onto the forefront of the international stage. This article examines numerous issues in four regions across the world.

Resumen

La cuestión de la independencia ha perdido cierta intensidad en los debates del mundo editorial, si se compara la situación actual con aquella de la primera década de nuestro siglo, cuando Vivendi Universal Publishing se separó. Sin embargo, la cuestión de la independencia sigue siendo pertinente y su importancia es considerable, en especial si se observan los avances digitales que reformulan el problema a escala internacional. El presente artículo estudia los intereses diversos que rodean dicha cuestión a través de cuatro regiones internacionales.

Keywords:publishing; cultural industries; independence; bibliodiversity; Latin America; Belgium; Great Britain; Italy; globalisation; public policy

Palabras clave:edición; industrias culturales; independencia; bibliodiversidad; América Latine; Bélgica; Gran Bretagña; Italia; globalización; políticas públicas

Bertrand Legendre est professeur en sciences de l’information et de la communication à l'université Paris 13. Il dirige le Master « Politiques éditoriales » et le Laboratoire LabSic. Ses principales recherches portent sur le premier roman et les primo romanciers (« Le primo romancier à l’épreuve de la fabrication de l’auteur : constructions et déconstructions », in La Fabrication de l’auteur, Éditions Nota bene, 2010) et sur les conditions de création et de développement des structures éditoriales (Regards sur l’édition, tomes I et II, La Documentation française, avec Corinne Abensour, 2007). Bertrand Legendre est membre du comité éditorial des Presses de l’ENSSIB et de la revue Mémoires du livre.


La question de l’indépendance éditoriale a fait l’objet, dans cette revue même, d’un précédent dossier1 à un moment plus proche des importants mouvements de concentration et de redistribution d’entreprises entre les groupes dominants du paysage éditorial français. Il s’agissait alors de replacer la notion dans une perspective historique au travers d’un type de production, l’encyclopédie, qui a toujours été porteur d’enjeux politiques et sociaux et d’effets structurants sur le paysage éditorial2. Tout autant, ce dossier proposait une réflexion définitionnelle sur le concept d’indépendance appliqué au secteur de l’édition, cherchant alors à en saisir les dimensions financières, organisationnelles, commerciales et communicationnelles3. Un autre aspect de ce précédent dossier, consacré à la relation entre indépendance et dispositifs publics d’aides à la publication, s’intéressait aux conditions de maintien de la diversité éditoriale et au rôle des collectivités territoriales en matière culturelle4. Enfin, nous nous intéressions alors, dans une perspective socio-critique, au rôle tenu dans l’espace public par un certain nombre d’éditeurs indépendants, à leur positionnement et aux conditions de leur « accès à la parole »5.

Trois ans après la publication de ce premier dossier, l’actualité des débats professionnels semble ne plus accorder la même importance que naguère à cette question. Le numérique occupe désormais la première place au sein d’analyses et de questionnements où se croisent notamment des approches économiques (la recherche de modèles d’affaires), juridiques (DRM, numérisation des fonds, contrats d’auteurs), technologiques (débats sur les formats, l’interopérabilité, les systèmes de protection et de paiement…), psycho-cognitifs (insertion du numérique dans les pratiques d’apprentissage)… Pour autant, il suffira de se souvenir des grandes opérations menées à la fin des années 1990 et au début des années 2000 par le groupe Vivendi sous la houlette de Jean-Marie Messier pour se convaincre de la relation directe entre le développement du numérique et la question de l’indépendance.

Par ailleurs, le fait que, à la suite de l’éclatement du pôle éditorial de Vivendi partiellement repris par Hachette et renommé Editis pour la partie restante, plusieurs acteurs étrangers (le groupe italien Rizzoli et le groupe espagnol Planeta) aient participé aux mouvements survenus depuis le début des années 2000 souligne à lui seul les limites d’une approche hexagonale de la question. Dans un autre domaine, celui des médias, et un autre espace, la Grande-Bretagne où a commencé en juillet 2011 le scandale News of the world au sein du groupe australien News corp., s’impose la nécessité d’appréhender à l’échelle internationale cette question de l’indépendance.

C’est l’ambition à laquelle veut contribuer ce second dossier en s’intéressant à quatre espaces internationaux distincts.

Tout d’abord, avec l’Argentine, le Chili, le Mexique et le Brésil, s’offre à l’examen un contexte marqué, dans la période récente, par un essor sensible et par la volonté d’une part des acteurs, porteurs de la notion de bibliodiversité, de peser sur l’action publique et de penser leur rôle par rapport à l’ensemble du circuit du livre ; mais ce contexte est aussi caractérisé par une forte concentration contrôlée par les grandes firmes internationales espagnoles, françaises ou anglo-américaines.

En Italie, deuxième espace étudié ici, la toute-puissance des grands groupes nationaux et la déliquescence des politiques culturelles ne semblent pas pour autant condamner toute ambition d’indépendance dans le secteur de l’édition. Tout se passe au contraire comme si cette situation suscitait un renouveau de la démographie éditoriale dont témoigne depuis 2001 la Foire de la petite et moyenne édition.

Quant à la Grande-Bretagne, l’analyse de la situation et des pratiques de quelques éditeurs engagés qui est menée ici invite tout d’abord à un retour sur le texte consacré à leurs homologues français dans le premier dossier (voir note 5). Elle met surtout en évidence, chez ces acteurs, une relation spécifique à la notion d’indépendance qui conjugue une forme de radicalité dans les engagements intellectuels et politiques et une volonté de s’inscrire dans les règles et exigences du marché, ces éditeurs voyant dans la pratique commerciale la garantie la plus fiable de leur indépendance.

Le cas de la Belgique offre enfin un intérêt tout particulier. La question de l’indépendance s’y mêle en effet avec les problématiques linguistiques, avec l’absorption par des groupes français des grandes entités nationales (Casterman, Dupuis, Marabout…), et avec une acception artisanale du rôle de l’éditeur indépendant.

Ces approches internationales ne rendent évidemment pas compte de l’étendue des configurations possibles. Il nous semble néanmoins que les contextes examinés ici présentent des caractéristiques linguistiques, politiques, historiques, sociales et professionnelles qui peuvent enrichir la réflexion sur la question de l’indépendance dans ces espaces nationaux et internationaux. Elles peuvent aussi esquisser une grille de lecture de contextes nationaux en cours de transformation, tout particulièrement ceux de plusieurs pays de l’ancienne Europe de l’Est ou de certains pays asiatiques.


Notes

1. Voir Communication & langages, 156, juin 2008.

2. Douyère, David, « Indépendance économique et politique éditoriale des encyclopédies de Saint-Simon à Wikipédia », Communication & langages, 156, juin 2008, pp. 37-51 [OpenURL Query Data]  [Google Scholar].

3. Robin, Christian, « La notion d’indépendance éditoriale », Communication & langages, 156, juin 2008, pp. 53-62 [OpenURL Query Data]  [Google Scholar].

4. Dominique, Cartellier, « Indépendance éditoriale et dispositifs d’aide à la publication », Communication & langages, 156, juin 2008, pp. 63-74 [OpenURL Query Data]  [Google Scholar].

5. Douyère, David & Pinhas, Luc, « L’accès à la parole : la publication politique des éditeurs indépendants », Communication & langages, 156, juin 2008, pp. 75-89 [OpenURL Query Data]  [Google Scholar].