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OEconomia (2012), 2012:305-326 (2012), 2012:305-326 NecPlus
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doi:10.4074/S2113520712013035

Research Article

L’école libérale française et la question du bimétallisme (1860-1885). Enjeux économiques et politiques de la controverse


Claire Silvanta1

a1 TRIANGLE, Université Lyon 2 Lumière. Email : claire.silvant@univ-lyon2.fr. Je remercie vivement les trois rapporteurs anonymes de la revue Œconomia pour leurs remarques et leur vigilance. Que soient également remerciés François Etner et Jérôme de Boyer des Roches pour leurs commentaires précieux et leurs encouragements.
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Abstract

À la fin du XIXe siècle, la controverse sur le bimétallisme divise l’école libérale française en deux groupes opposés. L’examen des arguments présentés par le camp bimétalliste et par ses adversaires nous permet d’affirmer que leur opposition ne peut être réduite à une simple divergence théorique. Nous montrons que deux enjeux politiques majeurs interfèrent dans ce débat : l’enjeu national, d’une part, des intérêts de la Banque de France, et, d’autre part, des considérations relatives à la position internationale de la France, apparaissent en filigrane de la controverse sur le bimétallisme. La prise en compte de ces deux enjeux permet de rendre compte des oppositions entre des auteurs appartenant à la même école. Nous faisons apparaître une différence entre les économistes bimétallistes, attachés à la possibilité de décisions discrétionnaires allant dans le sens des intérêts nationaux, et leurs opposants monométallistes qui défendent la notion de règle en matière monétaire.

Abstract

In the end of the 19th century the controversy on bimetallism divides the French liberal school into two opposite groups. The study of the arguments of both sides—bimetallists and monometallists—shows that this opposition is not only a theoretical one. We first point out that two important political issues interfere with this debate: firstly it overlaps the national question of the interests of the Banque de France; in addition, political stakes concerning the international role of France appear in the discussions on bimetallism. The consideration of these two issues allows us to give an explanation to the strong opposition between authors belonging to the same school: we highlight a difference between the advocates of bimetallism who extol the virtues of discretionary decisions promoting the national interests, and those of monometallism which defend the notion of rules in monetary policy.

Mots clés :bimétallisme,; étalon-or,; école libérale française

Keywordsbimetallism; Gold Standard; French liberal School

JEB12; N13


1. Introduction

L’école libérale française, que l’on présente parfois, à tort, comme un groupe d’économistes relativement homogène, s’est divisée sur un grand nombre de questions pratiques dans la seconde moitié du XIXsiècle, concernant notamment le choix du système fiscal, la réglementation des droits de propriété ou la question sociale1. Le débat sur le bimétallisme n’a pas échappé à ce constat, partageant le groupe de Paris, ainsi que le nommait Joseph A. Schumpeter, en deux camps fermement opposés. Cette discussion s’est même muée, entre les années 1860 et la fin de la décennie 1880, en une confrontation envenimée entre des auteurs appartenant pourtant aux mêmes institutions2 et se revendiquant des mêmes grands principes théoriques : la liberté du travail, la propriété privée et la liberté des échanges (Breton et Lutfalla, 1991, Silvant, 2010). Le choix de la période étudiée correspond à l’intensification des débats sur le bimétallisme dans les organes de diffusion de la pensée libérale, dont le Journal des Économistes et la Revue des Deux Mondes, et des discussions à la Société d’Économie Politique ; c’est également lors de ces décennies que les idées bimétallistes ont eu la plus forte résonance, dans le cadre de l’Union Monétaire Latine que la France avait contribué à fonder3.

Au sein de l’école libérale française, le camp monométalliste, placé sous l’autorité de Michel Chevalier, Émile Levasseur, Félix Esquirou de Parieu et Gustave du Puynode, est majoritaire. Il se confronte aux partisans, moins nombreux, du bimétallisme dont les grands théoriciens ont été Louis Wolowski, Émile de Laveleye4 et Henri Cernuschi. Dans le dernier quart du XIXsiècle, à mesure de l’aggravation de la dépréciation de l’argent, avec l’adoption progressive de l’étalon-or dans les pays occidentaux5 et l’obligation faite à la France de rembourser sa dette à la Prusse en or, le bimétallisme français, issu de la loi de germinal an XI (28 mars et 7 avril 1803)6, se trouve de plus en plus isolé et affaibli. Les monométallistes plaident pour l’abandon de ce régime monétaire et l’instauration d’un étalon-or, tandis que leurs opposants cherchent à le défendre et même à l’étendre. Les arguments rationnels du débat se trouvent souvent mêlés à des ambitions pragmatiques et à un certain militantisme politique de la part de ces auteurs.

Gillard (1991) a posé les bases de l’analyse du débat sur le bimétallisme, en mettant en évidence les fondements analytiques de cette controverse et en décrivant la division des économistes libéraux en deux camps opposés. Flandreau (1995) a par la suite rattaché l’existence de ces deux positions divergentes au sein de l’école libérale à des modèles politiques différents, en étudiant le fonctionnement du régime bimétallique français dans ses interactions avec la sphère bancaire et avec l’étalon-or anglais.

En accord avec Gillard et Flandreau quant à la division de l’école libérale en deux camps opposés7, nous cherchons, dans cet article, à exposer de manière synthétique les termes du débat et à expliquer pourquoi la question du bimétallisme a suscité des réactions animées, parfois caractérisées par une grande animosité entre les auteurs libéraux. À la manière de Friedman au sujet de la démonétisation américaine de 18738, nous voulons déterminer les raisons pour lesquelles ce débat, plutôt que de rester sur le terrain « désincarné » des idées, s’est transformé en un combat politique et polémique. À quels facteurs doit-on l’apparition d’une division aussi forte au sein de l’école libérale, et comment le glissement du débat s’est-il opéré du terrain théorique vers le terrain politique ?

Nous rappellerons, dans la section suivante, les deux objets du débat entre les bimétallistes et les partisans de l’étalon-or, à savoir la viabilité du bimétallisme et sa stabilité. Nous proposerons ensuite deux éclairages permettant d’expliquer la violence du débat et l’interférence des considérations politiques : une conception divergente du rôle de la Banque de France et de ses intérêts dans chacun des deux camps (section 3) et une idée différente de ce que doit être la position monétaire internationale de la France (section 4). La dernière section présentera nos conclusions.

2. Les arguments théoriques du débat

Les économistes libéraux se sont d’une part affrontés sur la viabilité du bimétallisme et ont d’autre part cherché à déterminer lequel des deux régimes monétaires – bimétallisme ou étalon unique – offrirait la plus grande stabilité9. Nous proposons, dans cette section, une présentation synthétique des idées avancées par chacun des deux camps, étude qui fait à notre connaissance défaut dans la littérature francophone récente10.

2.1. La viabilité du bimétallisme : théorie et arguments pragmatiques

On retrouve chez tous les défenseurs du monométallisme un argument majeur : celui de l’impossibilité théorique du bimétallisme. Ainsi, l’or et l’argent, qui sont conjointement monnaie légale dans un régime bimétallique, sont simultanément des marchandises dont les prix de marché fluctuent au gré de l’offre et de la demande. Le rapport de 1 à 15 ½ instauré par la loi de l’an XI serait alors un rapport arbitraire et intrinsèquement impossible à soutenir. Comme l’affirme Joseph Garnier, « on a voulu fixer chacune des deux valeurs par rapport à l’autre, c’est-à-dire résoudre un problème tout à fait impossible ou même absurde en économie politique » (1870, 325).

Cet argument est rejeté par les bimétallistes qui défendent la possibilité d‘un rapport légal entre l’or et l’argent en affirmant le voir exister de manière pérenne en France depuis 1803. Le seul économiste à avoir montré mathématiquement la possibilité théorique du bimétallisme n’en est curieusement pas un disciple lui-même : il s’agit en effet de Léon Walras (1876, 1881, 1882) qui livre cette démonstration à travers un modèle mathématique simple à six équations11.

Le camp bimétalliste préfère orienter le débat sur le terrain empirique : non seulement le passage à un étalon-or serait impossible en pratique, mais aucun régime monométallique ne saurait fonctionner en l’absence de pays à monnaie bimétallique ; l’étalon-or britannique serait donc conditionné à l’existence de pays bimétallistes.

Ainsi, selon Louis Wolowski (1870), la démonétisation de l’argent en France est rendue impossible par l’insuffisance quantitative de métal relativement aux besoins de la circulation métallique, dans un monde occidental progressivement gagné à la cause de l’étalon-or : plus précisément, la démonétisation serait impossible à réaliser sans qu’elle ne génère des dommages que Wolowski juge graves, à savoir la déflation et la prolifération de la monnaie-papier. Ces dommages sont d’autant plus prononcés que c’est le métal abondant, l’argent, que l’on menace de démonétisation. Cernuschi (1881 et 1885) dénonce l’incohérence que représenterait cette démonétisation : il serait toujours possible de décréter le retrait à l’argent de sa qualité de monnaie légale, mais il serait impossible, selon lui, de le retirer concrètement de la circulation ; la démonétisation ferait encourir le développement d’une « pathologie de la bosse » (1885, 5), bosse constituée d’un stock d’argent, sous forme de pièces et de lingots, devenu inutile sous ses deux formes de monnaie et de marchandise.

La seconde critique empirique consiste à soutenir que l’étalon-or anglais ne pourrait exister en l’absence des pays bimétalliques qui l’entourent : si l’Angleterre peut réserver son or pour sa circulation intérieure, c’est précisément parce qu’elle utilise l’argent dans ses transactions avec ses colonies asiatiques et orientales ; les pays bimétalliques seraient même devenus des plates-formes de change lui permettant de régler ses importations en argent ainsi que le confirme Flandreau (1995). Dans la première moitié du XXsiècle, Nogaro (1908), grand théoricien français du bimétallisme, mettra lui aussi l’accent sur le rôle central des marchés des changes dans la régulation du régime de double monnaie métallique. Ainsi, le système bimétallique serait le seul à pouvoir exister empiriquement sans dépendre de l’existence d’autres régimes monétaires.

Pour les partisans de l’étalon-or, un régime bimétallique de jure se transforme inéluctablement en un système monométallique de facto, le métal apprécié étant nécessairement exporté ou thésaurisé12. Parieu (1867) et Mannequin (1863) accusent à ce titre le bimétallisme de n’être qu’une fiction. Enfin, les monométallistes refusent catégoriquement l’argument quantitatif de l’insuffisance de l’or : pour Parieu (1875) et Bonnet (1875), la monnaie d’or serait suffisante, considération tenue du développement rapide des autres moyens de paiement, tels que les virements ou les crédits : « le besoin de numéraire n’est plus proportionnel au développement des affaires ; les règlements de compte les plus importants s’opèrent au moyen de virements. […] Il y a une dernière considération à faire valoir, c’est celle de l’emploi du crédit sur une échelle beaucoup plus considérable. » (Bonnet, 1875, 352-5.)

2.2. Bimétallisme ou étalon-or : le critère de la stabilité

La stabilité des deux régimes monétaires est envisagée par ces auteurs selon deux perspectives : celle de la stabilité intrinsèque de chacun des régimes monétaires d’une part ; celle des perturbations engendrées par le passage du bimétallisme à l’étalon-or d’autre part.

L’argument central des bimétallistes est celui d’un mécanisme de correction des variations de valeur dont serait dépourvu l’étalon unique. Ce « parachute compensateur13 » exploite la différence existant entre le rapport légal et le rapport commercial, et permet le balancement successif de l’un à l’autre métal dans les échanges. Les comportements d’arbitrage permettent au rapport marchand de rejoindre le rapport légal, alors qu’un étalon unique subit de plein fouet une variation de la production – une accélération des découvertes d’or entraînant une brutale hausse des prix. L’arbitrage ne cesse que lorsque le rapport commercial rejoint la parité légale ; il y a alors gravitation du rapport commercial de l’or et de l’argent autour de leur rapport légal.

L’argument bimétalliste ne s’arrête pas là : non seulement le bimétallisme serait intrinsèquement plus stable que l’étalon unique, mais le passage même d’un régime bimétallique à un régime monométallique serait vecteur d’instabilité, en privant brutalement l’un des métaux, gageant des contrats et des engagements, de sa qualité de monnaie légale. Cernuschi (1876a) fait de l’exemple de la démonétisation allemande de l’argent un épouvantail : comme la transition vers un étalon unique nécessite la fixation d’un « tarif de conversion » destiné à retirer l’argent de la circulation, des arbitrages vont être opérés par les agents, sans toutefois apporter l’effet stabilisateur escompté. En effet, puisque le métal déprécié par la loi (ici l’or) sort de la circulation, il doit être racheté à l’étranger pour assurer la conversion de l’argent : alors, « c’est le travail de Pénélope sans l’arrivée d’Ulysse » (Cernuschi, 1875, 283).

Les arguments du camp monométalliste quant à la stabilité sont plus défensifs14 : il s’agit moins de prouver que l’étalon unique est un garant absolu de stabilité que de montrer qu’il est moins exposé aux variations de la valeur que le bimétallisme. S’ils acceptent, paradoxalement, le principe du parachute compensateur, c’est sur ses conséquences que portent les plus sévères critiques15. Ainsi, selon Chevalier (1859, 1868), dans la mesure où chacun des métaux circule alternativement, le parachute n’a plus de raison d’être puisque le régime bimétallique est voué à subir les mêmes variations qu’un étalon unique. Le bimétallisme ne serait alors qu’un monométallisme alternatif ou boiteux. Les arbitrages, vecteurs de stabilisation selon les bimétallistes, deviennent générateurs de perturbations selon leurs adversaires16. Ce serait, en revanche, le régime d’étalon unique qui permettrait, selon Chevalier et ses disciples, la plus grande stabilité du système monétaire, en vertu des mécanismes de Hume et des points d’or (Boyer-Xambeu et al., 1994).

Ainsi, les arguments des monométallistes et des bimétallistes se trouvent point par point en opposition. À bien des égards, le débat s’apparente même à une bataille rangée, à une polémique violente17 allant au-delà d’un simple affrontement théorique. Notre hypothèse est la suivante : la cristallisation dans le débat monétaire d’oppositions politiques aux enjeux à la fois nationaux et internationaux aurait contribué à rendre les discussions houleuses. Les économistes ont en effet introduit dans la discussion sur l’étalon le problème du rôle et des intérêts de la Banque de France, ainsi que des considérations relatives à la position internationale de la France. Les explications que nous proposons permettent également de comprendre l’évolution des rapports de force entre bimétallistes et monométallistes à la charnière des années 1870 : la défense des bimétallistes s’affaiblit à mesure que le cours marchand de l’argent diminue et les démonétisations de ce métal se multiplient ici et là dans le monde.

3. Les enjeux politiques nationaux :l’État et la Banque de France

La controverse bimétalliste doit en premier lieu être rattachée à la « question des banques18 » : on peut en effet retrouver sur la question du bimétallisme la même ligne de clivage entre économistes libéraux que celle qui existe au sujet du monopole de l’émission19.

3.1. La rencontre de la question monétaire et de la question des banques

Il est notable que les économistes favorables à la liberté de l’émission bancaire (Courcelle-Seneuil, Chevalier, Coquelin, J. Garnier, Puynode et Parieu principalement) sont aussi partisans d’un étalon unique – or ou argent. Selon ces économistes, la liberté bancaire doit se traduire simultanément par la pluralité et la concurrence des instituts d’émission et par la liberté complète, pour ceux-ci, d’émettre des billets à vue et au porteur (Vuillaume, 2003). La nécessité d’une émission concurrente de billets de banque repose, selon ces auteurs, sur les principes fondateurs du droit naturel, de la liberté du travail et de la liberté d’association, qui doivent s’appliquer en matière bancaire comme dans tout type d’industrie. Cette liberté d’émission apporterait également une meilleure efficacité du système bancaire, une meilleure allocation du crédit et une meilleure répartition des risques (Coquelin 1848, Garnier 1946).

De l’autre côté, les bimétallistes, sous l’égide de Wolowski (1864) et Laveleye (1881) et dans la lignée de Pellegrino Rossi, sont partisans du monopole d’émission accordé à la Banque de France. Selon eux, l’émission de billets de banque n’est pas une activité économique comme une autre et doit en conséquence se soustraire au principe de la liberté du travail ; l’intégrité de la monnaie ne peut être garantie que par un monopole de l’émission car la monnaie, métallique ou fiduciaire, est un « élément de l’ordre » (Wolowski, 1864, 12).

Ces positions respectives résultent de conceptions très différentes du rôle économique de l’État. La plupart des monométallistes refusent, globalement, toute intervention discrétionnaire de l’État dans le domaine économique, qu’il s’agisse d’accorder le monopole de l’émission à une banque ou de définir un cours légal entre les deux métaux20. En particulier, le choix du système monétaire doit respecter les libertés individuelles et l’État n’a ni la légitimité ni la compétence de déterminer le rapport légal ; en outre, la loi de l’an XI consacrerait une restriction à la liberté des contractants, en établissant l’obligation, pour le créancier, de recevoir les paiements dans le métal choisi par le débiteur. Le bimétallisme serait ainsi en opposition avec le principe de justice naturelle (Parieu, 1867).

Pour Wolowski, les partisans de la liberté de l’émission de billets sont victimes d’une double erreur : penser que le monopole de l’émission constitue une entrave au financement des grands investissements est, selon lui, un argument rétrograde. L’idée selon laquelle un monopole de l’émission serait incapable de financer le besoin de plus de « signes de la circulation » lié au développement du commerce est une idée spécieuse ; en effet, répond-il aux monométallistes, plus le commerce se développe, plus la vitesse de circulation doit s’accroître, rendant caduc le besoin proportionnel de moyens de circulation. Par ailleurs, il refuse l’argument selon lequel le monopole de l’émission serait une entrave à la baisse du taux de l’escompte et donc à l’investissement ; les billets n’apportent en aucun cas une circulation supplémentaire mais ne sont que des substituts aux pièces, plus pratiques et moins coûteux. Ainsi, de la même façon que le régime bimétallique préserve la valeur du métal de variations trop accentuées, l’État peut accorder le monopole de l’émission à la Banque de France « afin de maintenir à l’abri d’une funeste atteinte l’unité, la fixité et l’authenticité de la mesure commune des valeurs » (1864, 30). Sous l’angle de l’intervention de l’État en matière monétaire, le rôle de l’autorité publique dépasse, selon les bimétallistes, la seule supervision de l’émission de monnaie. Ainsi, pour Cernuschi, « la monnaie n’est pas dans la nature, elle n’est que dans la loi » (1876a, 55).

Bimétallistes et monométallistes s’affrontent ainsi au sujet de ce qui leur paraît arbitraire : pour les partisans de l’étalon unique, la définition de la parité légale est arbitraire, tandis que dans le camp adverse, c’est la décision de priver l’un des deux métaux de sa fonction de monnaie légale qui l’est. Si l’on s’intéresse à leur caractère libéral ou interventionniste, les positions de Chevalier et de Wolowski apparaissent confuses et enchevêtrées : si Chevalier réclame la liberté totale d’émission, il restreint cependant la monnaie légale au seul or, alors que Wolowski, revendiquant la liberté de choisir le métal de paiement, est un défenseur ardent du monopole de l’émission.

Aucun des économistes en présence lors de ces débats ne propose toutefois de suivre la voie de monnaies privées indépendantes de toute intervention publique ; prenant acte de l’impossibilité de soustraire à l’intervention étatique l’émission de monnaie au sens large – qu’il s’agisse de donner une valeur légale à un métal précieux ou d’attribuer des droits d’émission pour les billets de banque –, chacun s’évertue à trouver, dans le système qu’il défend, les propriétés les plus conformes à l’intérêt général ou aux intérêts individuels.

On peut alors affirmer que les monométallistes sont en priorité attachés au principe de règle en matière monétaire, tandis que les bimétallistes privilégient la possibilité de pratiques discrétionnaires favorisant les intérêts nationaux ainsi que ceux de la Banque privilégiée.

En effet, en lisant ces débats monétaires du XIXsiècle à l’aune des interrogations actuelles de l’économie publique, les monométallistes, partisans de la liberté de l’émission, dénoncent la possibilité de capture d’une banque d’émission unique par les gouvernants. Le privilège de l’émission et la possibilité, pour le législateur, de modifier la parité légale entre les deux métaux, pose selon eux un problème majeur : celui du défaut d’indépendance entre le mandant et le mandataire dans le contrat qui lie l’État à la Banque. Courcelle-Seneuil (1864) et Garnier (1846) dénoncent la possibilité pour l’État de prendre des décisions favorisant (financièrement) l’établissement privilégié, ainsi que la maniabilité, en retour, des décisions de la Banque en fonction des attentes des gouvernants. Il faut donc opter pour une règle que les gouvernements ne pourront pas modifier : le choix d’un étalon unique n’est, selon ses partisans, pas susceptible de manipulation, tandis que la définition d’une parité légale ou la possibilité de suspendre la frappe libre de l’un des deux métaux le seraient.

À l’inverse, comme nous l’avons vu plus haut, les bimétallistes sont attachés à la possibilité d’une intervention discrétionnaire de la Banque de France et souhaitent que l’État puisse définir la parité légale entre l’or et l’argent. Ils préconisent ainsi, en fait d’intervention publique, un « usage sage et habile du privilège », selon la formule de Pellegrino Rossi (1840, 33). S’ils refusent presque tous l’idée d’une Banque d’État, l’indépendance totale entre l’État et l’institut d’émission leur paraît tout aussi mauvaise ; l’utilisation par l’État d’un pouvoir discrétionnaire en matière d’émission correspond ainsi à un « droit souverain » et peut être conforme à « l’intérêt général » (Wolowski, 1864, 63-64).

Comme l’écrit Flandreau, la manière dont les bimétallistes considèrent l’intervention de l’État découle d’un modèle « public et national », qui serait un « amendement » au modèle libéral plus qu’un « renoncement » (1995, 10-1). Wolowski refuse de « mettre en opposition deux principes, nécessaires tous les deux l’un à l’autre, la liberté de l’individu et l’action de l’État. […] L’État ne saurait demeurer étranger à l’émission de billets faisant office de monnaie, car il ne s’agit point ici d’une industrie proprement dite » (1864, 11-2).

3.2. Les affinités électives entre la Banque de France et le bimétallisme

Les économistes des deux camps, nous l’avons vu, ne s’accordent pas sur la question du monopole de l’émission ; or les intérêts de la Banque ne sont pas défendus de la même manière selon le type de régime monétaire dans lequel elle se trouve. Nous nous référons, sur ce point, aux travaux de Willis (1901), Mertens (1944), Flandreau (1995, 1996) et Einaudi (2001).

Dans un système reposant sur une monnaie métallique, les rapports qu’entretient la Banque de France avec les marchés des métaux sont particuliers : la Banque doit pouvoir convertir à tout moment ses billets à vue et au porteur contre du métal précieux. Dans le système bimétallique français21, c’est la Banque de France qui a le choix du métal dans lequel elle rembourse ses billets ; dans sa mission d’intérêt général, mais aussi en vue de la sauvegarde de ses intérêts, elle doit rendre contre les billets le métal de son choix, de telle sorte que les arbitrages contre la monnaie dépréciée ne se trouvent pas amplifiés. Si l’or marchand est apprécié par rapport à la parité légale de 15 ½, elle ne peut pas rembourser les porteurs de billets en or sans risquer d’alimenter les arbitrages sur ce même métal. La Banque est donc contrainte de rembourser ses billets en argent. Si elle possède déjà ce métal, elle n’encourt pas le risque de voir ses réserves se vider, puisque les agents ne souhaiteront pas recevoir, en échange de leurs billets, du métal déprécié. Dans le cas contraire, elle doit se le procurer pour ne pas être contrainte de devoir restituer du métal apprécié : elle peut alors procéder à des transactions avec d’autres institutions financières (des échanges de métaux entre banques, par exemple) ou encore à des politiques d’espèces (vente de titres ou de rentes contre achat de métal à l’étranger).

Les dirigeants de la Banque de France sont, depuis les années 1860, favorables au régime bimétallique. Les arguments sont de plusieurs ordres : d’une part, le choix laissé à la Banque de rembourser dans le métal de son choix lui aurait permis, selon Flandreau (1996), de défendre son encaisse métallique contre les arbitrages et donc de limiter les hausses trop importantes du taux de l’escompte ; d’autre part, il aurait aussi protégé la Banque des crises monétaires. La Banque de France aurait ainsi, selon Rouland, mieux résisté aux chocs internationaux que la Banque d’Angleterre22. On note avec Willis (1901), Mertens (1944) et De Cecco (1974) que la Haute banque française elle-même défend le bimétallisme, qui offre plus de possibilités d’arbitrages que l’étalon unique.

Précisons, pour compléter ces éléments factuels largement abordés dans la littérature secondaire, la position de Wolowski puis des monométallistes. Wolowski défend la combinaison entre bimétallisme et monopole de l’émission23. L’arrangement institutionnel qu’a formé le couple bimétallisme/monopole de l’émission semblait fructueux. Les opérations de la Banque ont eu, selon lui, un effet stabilisateur sur le cours des métaux précieux : lorsqu’elle demandait, selon le mécanisme vu plus haut, de l’argent (déprécié) aux autres banques ou lorsqu’elle en achetait sur le marché international, elle contribuait à en faire augmenter le cours et à faire baisser parallèlement celui de l’or.

Les auteurs monométallistes, quant à eux, montrent une grande hostilité envers la combinaison formée par le bimétallisme et le monopole de l’émission, en premier lieu en raison de l’arbitraire dont ferait preuve la Banque en choisissant, pour rembourser ses billets, l’or ou l’argent à sa convenance. Une autre critique, plus sévère, concerne l’option de choisir le métal du remboursement des billets accordée à la Banque : comme celle-ci se défera toujours du métal déprécié, les porteurs de billets verront la valeur de leurs créances diminuer. Ainsi, la demande de billets risque de diminuer, ce qui, au final, peut réduire l’encaisse de la Banque. Certes, « la réserve est « mieux » protégée [par l’option du métal de remboursement], mais elle est plus réduite. » (Flandreau, 1996, 855.)

La controverse sur le bimétallisme va se trouver, au cours des années 1870, mêlée à d’autres enjeux politiques : l’harmonisation monétaire internationale et le choix entre étalon-or et bimétallisme international.

4. L’internationalisation du débat :les enjeux d’une unification monétaire

Depuis la naissance de l’Union Monétaire Latine en 1865, la plupart des économistes libéraux français sont gagnés par l’enthousiasme du cosmopolitisme, qu’ils souhaitent appliquer au système monétaire ; les régimes monétaires français et anglais apparaissent alors comme deux rivaux dans la perspective de l’unification monétaire internationale24. Dès lors, lequel se prêtera le mieux à l’unification monétaire ?

Le système bimétallique français et l’étalon-or anglais se livrent une concurrence symbolique depuis le début du XIXsiècle. On s’interroge, dans la seconde partie du siècle, sur les modalités d’une unification monétaire vers l’un ou l’autre de ces deux modèles. En 1865, la France avait déjà réussi à imposer le bimétallisme aux autres pays de l’Union Latine, dont l’Italie et la Belgique qui s’étaient pourtant ouvertement déclarées favorables à l’étalon unique et s’étaient engagées dans l’Union dans l’espoir qu’elle ne soit qu’un régime transitoire vers cet étalon unique (Willis, 1901, Mertens, 1944, De Cecco, 1974). Entre 1865 et 1873, le régime monétaire français conserve une forte attractivité, du fait notamment de son système de frappe légale.

Les monométallistes, pendant ces années, militent pour une convergence vers le modèle anglais et souhaitent plus généralement un accord des peuples occidentaux pour l’adoption d’un métal-étalon unique, l’or. Cette position, défendue de façon unanime dans le camp monométalliste25, permettrait à la France de ne plus se voir marginalisée entre l’Allemagne et l’Angleterre26.

Toutefois, il n’y a pas, parmi les auteurs monométallistes, de position tranchée et unanime quant à l’opportunité, pour le monde occidental, d’adopter un simple étalon commun ou une monnaie internationale. La position de Parieu (1867, 1875 et 1881) est la plus partagée dans son camp ; selon lui, l’unification des types monétaires doit se réaliser par « l’admission générale de l’étalon-or comme mesure commune entre tous les peuples » et « la coordination, la ressemblance, l’analogie des types monétaires » (Parieu, 1881, 112), en deux temps : l’adoption d’un étalon mondial unique doit conduire, dans un deuxième temps, à une monnaie unique. L’étalon-or pourrait être le vecteur d’une « union monétaire » plus vaste et plus puissante que ne le permettrait un régime bimétallique, dans la mesure où la France s’y trouverait alliée à l’Angleterre et à l’Allemagne. De ce point de vue, un refus de l’étalon-or consisterait, de facto, en une marginalisation de la France, puisque l’or y serait exclu de la circulation par le rapport légal qui lui est défavorable27.

L’année 1873 marque un tournant dans la période que nous envisageons. Elle correspond au début de la longue stagnation qui installe une déflation prolongée en Europe (Breton, Broder et Lutfalla, 1997), mais aussi à la suspension de la frappe libre de l’argent au sein de l’Union Latine, suite à plusieurs mois de chute du prix commercial du métal blanc (Mertens, 1944, De Cecco, 1974).

On doit remarquer que l’affaiblissement factuel du bimétallisme correspond à un renouveau de la doctrine de ses partisans, qui affermissent leur théorie du bimétallisme international. Laveleye en est le grand défenseur ; il prône l’adoption d’un double étalon commun à tous les pays, matérialisé par un rapport commun entre l’or et l’argent. En effet, « si on peut convertir dans les principaux pays commerciaux, par le monnayage libre et gratuit, un kilogramme d’or à 9/10 de fin en 3 100 francs et un kilogramme d’argent de même finesse en 200 francs de monnaie nationale (legal tender), investie du plein pouvoir payant, est-il possible que ces deux métaux soient cédés à moins […] ? Évidemment non. Et dès lors, le rapport de 1 : 15 ½ est forcément maintenu et s’impose à toutes les transactions » (Laveleye, 1891, 199).

Les raisons de souhaiter une telle extension du bimétallisme sont multiples : il s’agit, tout d’abord, de poursuivre l’œuvre d’unification entreprise par l’Union Latine, qui avait déjà été construite à l’initiative de la France ; l’une des motivations du second Empire était le renforcement du rôle de la France, par rapport à l’Angleterre, en essayant de l’attirer vers elle, et par rapport à l’Allemagne, en cherchant à l’isoler du reste de l’Union (De Cecco, 1974, 44-47). L’une des ambitions du bimétallisme international était d’imposer à la fois le système de frappe français et la parité historique de 15 ½ à l’ensemble des pays y participant.

En second lieu, le passage au bimétallisme international est également susceptible de profiter à la Banque de France. Si l’on compare les conséquences, pour l’institut de la rue de la Vrillière, d’un passage au bimétallisme international et celles de l’adoption d’un étalon-or passant par une démonétisation de l’argent, on observe que la première option lui serait nettement profitable. L’argument des bimétallistes consiste à affirmer que la transition vers le bimétallisme international accroîtrait les marges de manœuvre et la liberté d’action de la Banque de France28. En effet, lorsque le bimétallisme cohabite avec des régimes d’étalon unique, il impose à la Banque de France deux contraintes : l’obligation pour la Banque de rembourser ses billets en métal et la nécessité de ne pas rembourser ses billets dans le métal apprécié29. À l’inverse, le bimétallisme international supprimerait, dans une large mesure, la nécessité de mener des politiques d’espèces et de paiement, puisque le rapport commercial, en vertu du parachute bimétallique, serait empêché de s’en éloigner30. Il n’existerait ainsi plus de marché libre de l’argent et la Banque de France ne serait plus contrainte que par l’obligation de rembourser ses billets en métal. Par ailleurs, le risque de devoir déclarer le billet inconvertible serait largement limité dans un système bimétallique international, dans la mesure où les agents recevraient contre leurs billets le métal déprécié, limitant par là même le risque de demandes de conversion accélérées.

Par ailleurs, le modèle français, dont l’extension mondiale, selon ses partisans, aurait connu un plus grand succès que l’Union Latine, était privilégié par les économistes et hommes d’État qui souhaitaient lutter contre la déflation et la dépression de la fin du siècle.

À rebours de l’explication d’Einaudi (2001), pour qui la majorité des bimétallistes – Wolowski mis à part – attachés aux acquis de 1803 ont été paralysés par leur passéisme, il nous semble possible de soutenir l’idée selon laquelle les bimétallistes ont eu une réelle ambition d’imposer et d’étendre le système français à l’étranger, tandis que les monométallistes ne soutenaient l’étalon-or que dans la perspective de ne pas voir la France marginalisée. C’est probablement la raison pour laquelle le régime bimétallique a pu survivre de jure jusqu’à la première guerre mondiale.

Ainsi, le débat sur le bimétallisme s’est internationalisé et complexifié, en prenant en considération deux enjeux supplémentaires : les intérêts de la Banque de France et l’harmonisation monétaire mondiale.

Conclusion

Si la controverse sur le bimétallisme a été si âprement discutée en France, c’est en raison de ses interférences avec deux questions hautement politiques : celle du rôle de l’État dans l’économie et celle de la place et des intérêts de la France dans le monde. Les discussions théoriques sur la viabilité et la stabilité du bimétallisme se sont trouvées mêlées à des considérations de politique intérieure et internationale.

Nous avons ainsi vu que la question monétaire s’est imbriquée dans celle de la liberté de l’émission. Les bimétallistes ont mis en avant une combinaison optimale du point de vue de la Banque entre bimétallisme et monopole de l’émission ; les partisans de l’étalon unique, hostiles à l’arbitraire de ce monopole, se sont prononcés pour une orientation monétaire plus libérale : la liberté totale d’émission couplée à l’étalon or.

D’une façon générale, les partisans de l’étalon-or admettaient la supériorité économique et politique de l’Angleterre et voulaient voir le système monétaire français converger vers le système anglais, souhaitant ainsi que la France partage avec sa concurrente les bénéfices d’une position centrale. Une minorité, favorable au bimétallisme, comptait au contraire sur l’État pour rendre la France porteuse d’un projet monétaire mondial alternatif, celui du bimétallisme international, dont elle aurait été le maître d’œuvre.

Annexe : Léon Walras et la viabilité du bimétallisme

Nous reprenons ici la démonstration faite par Léon Walras de la viabilité du bimétallisme ; celui-ci publie en 1876 et en 1881 deux articles dans le Journal des Économistes qui établissent la possibilité mathématique de la fixation d’un rapport légal entre l’or et l’argent. Le premier apporte une réponse aux positions de Cernuschi et ambitionne de les « éclaircir avec une rigueur mathématique » (1876, 454.) Reprenant la 30e leçon de ses Éléments d’économie politique pure (consacrée au problème de la valeur de la monnaie), il expose successivement le fonctionnement d’un modèle monométallique puis d’un modèle bimétallique dans lequel l’ajustement est assuré par la qualité de marchandises des deux métaux précieux. Le rôle du législateur se borne à « laisser transformer de la monnaie en marchandise quand la valeur de (A) marchandise est supérieure à la valeur de (A) monnaie, et […] transformer lui-même […] de la marchandise en monnaie dès que la valeur de (A) monnaie est supérieure à la valeur de (A) marchandise » (ibid., 455). Les hypothèses de Walras (qu’il ne définira explicitement que dans son article de 1881) sont les suivantes : en premier lieu, seule une marchandise peut faire office de monnaie ; par conséquent, cette marchandise a aussi un prix de marché ; enfin, le prix marchand peut s’écarter temporairement, mais exceptionnellement, du prix de la monnaie.

Dans un modèle où une seule marchandise, l’or, est monnaie, le prix de l’or marchandise est fonction décroissante de la quantité d’or marchandise et réciproquement, le prix de l’or monnaie est fonction décroissante de la quantité d’or monnaie. Dès lors, les trois inconnues (la quantité d’or marchandise (0Ma), d’or monnaie (0Mo) et le prix « commun » (Po)31 de l’or marchandise et de l’or monnaie) sont déterminées par un système de trois équations :

(1)

0 = 0Mo + 0Ma

(2)

PoMo = Po = f(0Mo)

(3)

PoMa = Po = f(0Ma)

La résolution de ce système à trois inconnues ne pose de problème lorsque l’on pose que O, quantité totale d’or, est exogène. Walras affirme que « dans le cas de l’étalon unique, le problème est complètement déterminé et se résout de lui-même, sur le marché, par le mécanisme de la libre concurrence. » (ibid., 455.)

Avec l’introduction d’une seconde monnaie-marchandise (l’argent), le système se complexifie de la façon suivante : il y a désormais six inconnues32 que l’on peut déterminer en résolvant un système de cinq équations :

(1)

0 =  0Mo + 0Ma

(2’)

A =  AMo + AMa

(3)

PoMa =  f(0Ma)

(4’)

PAMa =  g(A)

(5)

${{P_0 ^{M0} } \over {P_A ^{M0} }} = h(0^{M0} ,A^{M0} )$

Ainsi, précise Walras, dans le cas du double étalon, il n’est possible de résoudre le système que si le législateur fixe arbitrairement le niveau d’une des inconnues (c’est-à-dire si l’on ajoute une équation). En posant un rapport de prix de 1 à 15 ½ entre les valeurs monétaires de l’or et de l’argent, ce sont les quantités monnayées d’or et d’argent qui vont s’ajuster, en fonction de l’écart entre le rapport de prix de marché et le rapport de prix légal entre l’or et l’argent.

Walras développe une position changeante quant au choix de l’étalon monétaire : défenseur de l’étalon-or en 1867, il loue plus tard, dans le modèle que nous venons de présenter, les vertus stabilisatrices du système bimétallique. Il propose enfin, quelques années plus tard, un régime monétaire intermédiaire entre le monométallisme et le bimétallisme : une monnaie d’or fonctionnant avec un billon régulateur d’argent (Jacoud, 1994).


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Notes

1 Voir Breton et Lutfalla (1991) et Silvant (2010).

2 La pensée libérale française s’exprime au sein des institutions suivantes : la Société d’Économie Politique, l’Académie des Sciences Morales et Politiques, le Journal des Économistes et, de manière plus générale, les publications de la maison Guillaumin, ou encore la Revue des Deux Mondes. Voir Le Van-Lemesle(1991, 2004).

3 L’Union Monétaire Latine a été conclue en 1865 entre la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse ; elle consistait en une entente monétaire destinée à uniformiser la circulation monétaire entre ces pays et étendait sur un vaste territoire le système bimétallique français en vigueur depuis 1803. Sur la constitution de l’Union Latine, voir le chapitre VI de Willis (1901) et le chapitre XI de Mertens (1944).

4 Nous devons préciser qu’Émile de Laveleye (1867, 1885, 1891), professeur d’économie politique à l’université de Liège, n’appartient pas à proprement parler à l’école libérale française ; on le classe d’ordinaire parmi les partisans de la méthode historique. Toutefois, il est selon nous nécessaire de l’intégrer à notre analyse, dans la mesure où il participe activement aux débats de la Société d’Économie Politique consacrés à la question de l’étalon monétaire, et dans la mesure où sa pensée trouve un écho important en France.

5 La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par deux retournements majeurs de la production métallique : les découvertes importantes d’or en Californie et en Australie (1848, 1851), puis celles encore plus conséquentes d’argent (fin de la décennie 1860). Ces découvertes entraînent des fluctuations du rapport marchand entre l’or et l’argent, qui s’écarte durablement du rapport légal, provoquant des comportements d’arbitrage sur le prix des métaux. Les agents peuvent faire monnayer à la valeur légale les lingots du métal déprécié pour racheter avec ces pièces le métal apprécié. Enfin, la démonétisation de l’argent entreprise par l’Allemagne en 1870 (suivie par de nombreux autres pays) amplifie de façon irréversible la chute de la valeur marchande de l’argent (Mertens, 1944, Kindelberger, 1989).

6 Le bimétallisme français repose sur trois caractéristiques principales : la liberté du monnayage de l’or et de l’argent ; le cours légal de ces deux métaux, avec le choix du métal de paiement accordé au débiteur ; enfin, l’existence d’un rapport légal entre la valeur de l’or et de l’argent (1/15 ½) (Sédillot, 1953). Notons que, d’après Mertens (1944), le bimétallisme a plus été le « fils du hasard » que le résultat d’un choix délibéré de la part des législateurs de 1803 (1944, 258-9) : la loi n’instaurait que la prolongation du système monométalliste-argent dans lequel l’or n’avait, selon Mertens, qu’un rôle mineur à jouer.

7 Nous repoussons l’idée d’une « jungle » de positions (Flandreau, 1995, 10) sur la question du bimétallisme : les deux camps opposés nous apparaissent bien délimités, en particulier du fait du ralliement définitif, à la fin des années 1860, de Michel Chevalier aux partisans de l’étalon-or. Il existe certes un grand nombre de propositions alternatives de réformes du système monétaire, mais ces initiatives restent isolées et marginales, et n’attirent réellement l’attention d’aucun des deux camps.

8 Voir à cet effet l’introduction de la traduction française de l’ouvrage de Friedman par Boyer-Xambeu et Deleplace (2002).

9 Nous choisissons de mettre en avant la distinction entre viabilité et stabilité du bimétallisme pour restituer au mieux la teneur du débat, en étant conscient du fait que ces deux points sont assez similaires sur le plan théorique. Nous renvoyons, pour une littérature plus ancienne, à Willis (1901), Rist (1938) et Mertens (1944).

10 La littérature francophone récente met plus volontiers l’accent sur l’étude théorique des mécanismes à l’œuvre dans le système bimétallique français que sur l’analyse des termes du débat en lui-même. Notre article propose de combler ce manque en recensant de manière synthétique les positions des auteurs libéraux français, grâce à une lecture attentive des périodiques et manuels de la période concernée.

11 Nous présentons succinctement l’analyse mathématique du bimétallisme proposée par Léon Walras dans une annexe figurant en fin d’article.

12 Cette propriété correspond à la loi de Gresham : le métal apprécié sort de la circulation monétaire intérieure.

13 On trouve cette expression en premier chez Chevalier (1859 et 1868), qui est pourtant l’un des plus grands opposants au bimétallisme.

14 Nous remarquons, en accord avec Mertens (1944, 160-1), que les arguments des bimétallistes sont les plus affutés pendant cette période et qu’ils prennent l’ascendant théorique sur ceux de leurs opposants.

15 « Au fond, alors, adversaires et partisans du bimétallisme ne s’opposaient pas sur l’analyse du système – loi de Gresham et effet de parachute sont les deux faces d’une même médaille – mais sur le diagnostic de la situation » (Boyer des Roches, 2003, 116).

16 Chevalier (1868) estime lui aussi que le bimétallisme introduirait deux sources de variation de la valeur plutôt qu’une : « avec le double étalon, les fluctuations de l’un des deux métaux s’ajoutent à celles de l’autre ; donc l’amplitude des oscillations est plus grande qu’avec un seul » (1868, 182-3). Le bimétallisme serait alors un « mauvais tamis » (Gillard, 1991, 72).

17 On ne retrouve pas dans le débat bimétalliste la même séparation entre les idéologues et les auteurs plus modérés que décrit Le Van-Lemesle (2004). Les libéraux, quel que soit leur camp dans ce débat, n’hésitent pas à recourir à des arguments d’ordre dogmatique ou idéologique (Wolowski, 1870, Garnier, 1870, Cernuschi, 1876a et 1885).

18 Cette « question des banques », qui recouvre le débat sur la liberté de l’émission et sur le taux d’intérêt, est contemporaine du débat sur le bimétallisme et oppose également Chevalier à Wolowski. Voir pour plus de détails Mertens (1944), Breton (1991), Vuillaume (2003) et Silvant (2010).

19 Précisons toutefois une exception remarquable : Victor Bonnet est à la fois un fervent défenseur de l’étalon unique et un opposant à la liberté de l’émission (Bonnet, 1875).

20 Pour la plupart des partisans de l’étalon unique, il n’est pas conforme aux principes du libéralisme économique que le législateur puisse imposer une parité légale entre deux marchandises, pas plus pour des métaux-monnaies que pour des céréales par exemple. La fixation d’une parité serait elle aussi arbitraire et contraire à la liberté de contracter des individus. Toutefois, les monométallistes ne sont pas tous hostiles au principe d’une intervention publique. Ainsi, Chevalier défend certains types d’intervention publique, notamment quant aux travaux publics ou à l’éducation. C’est, en revanche, le refus d’une intervention publique discrétionnaire qui les réunit.

21 La loi de l’an XI donne en effet au débiteur la liberté du choix du métal dans lequel il rembourse sa dette ; dans le cas de l’émission de billets, c’est la Banque de France qui est débitrice et qui donc exerce ce choix.

22 La position de Rouland est détaillée dans l’Enquête sur la question monétaire réalisée en 1872 par le Conseil supérieur de l’agriculture, du commerce et de l’industrie. Voir aussi l’analyse de Plessis (1985).

23 Dans la mesure où Louis Wolowski était le seul économiste de poids à avoir soutenu la position de monopole de la Banque de France, Plessis (1985) soupçonne l’existence d’une connivence entre l’économiste et les dirigeants de la Banque, qui auraient favorisé la diffusion de ses idées : « le talent et la pugnacité de Wolowski ne doivent pas faire illusion. La Banque de France a bien aidé la diffusion de ses idées, et elle a pu inciter les journalistes à reprendre dans leurs articles ses arguments contre les « mauvaises doctrines ». (...) [Il] est resté longtemps très isolé, (...) avant de recevoir en 1867 l’appui de Léon Say » (1985, 56). On retrouve chez Michel Chevalier quelques allusions à ce conflit d’intérêt lorsqu’il s’adresse à Wolowski en mentionnant « l’entente cordiale qui existe entre vous et la Banque de France » (1867, 18) et en qualifiant le monopole de l’établissement de « régime par vous patronné » (ibid., 22).

24 Les débats sur l’harmonisation monétaire ont révélé une autre rivalité entre les systèmes français et anglais : « quel est celui des pays qui, par la force des choses imposera son système aux autres ? Je crois que la France tient la corde (…) parce qu’elle a le système métrique que nos aïeux ont eu le bon esprit de faire cosmopolite » (Garnier, 1870, 326-7).

25 Il faut préciser que Michel Chevalier est, avant la fin des années 1860, partisan de l’étalon-argent et se convertit par la suite à la défense de l’étalon-or.

26 L’Allemagne penche (avant la démonétisation de l’argent en 1871) vers l’étalon-or, par le biais des régions de Hambourg et de la Hanse, qui utilisent majoritairement l’or dans leurs transactions avec l’étranger.

27 La volonté des monométallistes de mettre fin à la particularité française que constituait le rapport légal de 1 à 15 ½ peut être reliée à deux facteurs : Gallarotti (1993, 18) décrit l’existence d’une « idéologie de l’or » ainsi qu’une admiration répandue pour le modèle économique anglais, que ces économistes souhaitent voir s’étendre à la France en raison de la supériorité qu’ils lui attribuent. Le lien a été fait, chez les monométallistes, entre l’importance jouée par l’or dans le système monétaire et la puissance économique du pays lui-même. L’aura économique de la Grande-Bretagne exerce à cet égard une grande influence : beaucoup à la Société d’Économie Politique sont fascinés par l’avance économique de l’Angleterre, qui a servi de référence en matière de développement industriel et de progrès techniques et organisationnels. Dans le domaine monétaire, elle suscite aussi de l’admiration. On décèle aussi l’influence anglo-saxonne à travers les références qui sont faites aux enseignements de la pensée anglaise ; les monométallistes s’inspirent de Locke, de Lord Liverpool et de Newton (Flandreau, 1996).

28 Selon Plessis (1982, 59), la Banque de France détient en effet dans ses caisses la moitié des espèces métalliques européennes et, à titre de comparaison, en possède deux fois plus que l’Angleterre.

29 Flandreau (1996) estime ainsi que le bimétallisme aurait, dans ce cas, plutôt été une contrainte pour la Banque de France qu’un facteur d’autonomie ; il la contraignait en effet à s’ajuster aux conditions du marché des métaux précieux.

30 Pour Laveleye (1891, 148), « s’il [le régime de l’an XI] s’est bien maintenu et s’il a fonctionné tant qu’il a été en vigueur […], il est de toute évidence que, s’il était adopté par les autres nations, sa stabilité et ses avantages seraient accrus dans une proportion inappréciable. »

31 Le prix commun de l’or Po est égal, à l’équilibre, au prix de l’or en tant que marchandise PoMa ainsi qu’au prix de l’or monnayé PoMo.

32 En plus des trois inconnues exposées ci-dessus, s’ajoutent la quantité d’argent monnayé (AMo), la quantité d’argent sous forme de marchandise (AMa), le prix de l’argent sous forme de marchandise (PAMa) et le prix de l’argent sous forme de monnaie (PAMo) qui doivent être tous deux égaux au prix « commun » de l’argent (PA).